Cinéma
“Marty Supreme” : faut-il vraiment “rêver grand” ?
Timothée Chalamet, interprète principal du film “Marty Supreme” (Josh Safdie, 2026). © Entertainment Film Distributors
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Le film de Josh Safdie, avec Timothée Chalamet, parle-t-il vraiment de ping-pong ? Derrière l’épopée amusante d’un champion sportif mégalo se cache une réflexion plus grave sur la tentation totalitaire qui nous guette tous.
Attention, la fin de cet article révèle des éléments clés de l’intrigue.
« Dream big. » Timothée Chalamet l’a répété partout pendant la promotion du film Marty Supreme, où il campe l’ancien champion américain de ping-pong Martin Reisman. Non sans laisser planer une ambiguïté (croit-il vraiment à ce qu’il dit ou est-ce le mantra d’un escroc, comme l’est son personnage ?), ce slogan renvoie à une question qui traverse ce biopic frénétique de Josh Safdie. Comment « rêver grand » sans devenir un individu insupportable, voire une ordure finie ?
Le spectre de la Seconde Guerre mondiale
On peut voir Marty Supreme comme l’épopée loufoque d’un jeune New-Yorkais des années 50 dont la carrière est plombée par un goût trop prononcé pour l’aventure. Mais on peut aussi déceler un autre film dans ce film, porteur d’un propos plus grave sur la tentation totalitaire et les dynamiques politiques au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Les références à cette tragédie sont en effet nombreuses, que ce soit à travers l’homme d’affaires Milton Rockwell (formidable Kevin O’Leary), vrai-faux protecteur de Marty Mauser dont le fils est mort dans la guerre du Pacifique, ou de l’adversaire historique du pongiste, Koto Endo (Koto Kawagushi), un Japonais sourd-muet qui fait carrière dans un pays à peine débarrassé du fascisme.
L’expression « rêver grand » renvoie à un imaginaire bien plus large que le seul accomplissement sportif. La promotion tapageuse de l’interprète de « Marty » – avec son désormais emblématique sweat-shirt à étoiles – nous aurait presque fait oublier l’autre terme du titre : « Supreme ». Le joueur de ping-pong clame à qui veut l’entendre qu’il est le meilleur, le plus grand, qu’il a en lui une « arme atomique » capable de terrasser ses adversaires. Provocation ? Autodérision ? Le personnage de Timothée Chalamet semble en tout cas pris d’une forme de mégalomanie, qui confine au mauvais goût : « Je vais lui faire ce qu’Auschwitz n’a pas terminé », jure-t-il à propos d’un concurrent. À force de croire en sa supériorité, Marty risque de développer un dangereux imaginaire guerrier.