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“Merteuil” ou la misogynie en bas de soie

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“Merteuil” ou la misogynie en bas de soie

Vincent Lacoste et Diane Kruger dans la série “Merteuil”, de Jessica Palud, sur un scénario de Jean-Baptiste Delafon. © Carolines Dubois/HBO Max

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Merteuil, la compagne de jeu de Valmont dans Les Liaisons dangereuses de Cholderlos de Laclos, est-elle une femme puissante ou aliénée ? Pour l’autrice et chercheuse Jennifer Tamas, le projet féministe de la nouvelle série qui lui est consacrée (Merteuil, de Jessica Palud, sur un scénario de Jean-Baptiste Delafon) rate sa cible : le roman demeure plus intelligent que son adaptation.


Un point de départ prometteur

La série Merteuil se propose de poser un regard féministe sur l’un des best-sellers du XVIIIe siècle : Les Liaisons dangereuses (1782). Ce roman épistolaire fut écrit par un militaire rompu aux manœuvres guerrières et amoureuses : Pierre Cholderlos de Laclos. Mais cet homme fut aussi l’un de ceux qui s’intéressèrent de près à l’éducation des femmes et à leur émancipation, composant un an après son célèbre roman un traité théorique qui l’éclaire singulièrement : Des femmes et de leur éducation (1783). Laclos y explique que les femmes vivent dans une société qui les a réduites en esclavage et que la seule façon de mettre fin à leur domination est de fomenter une révolution.

“Chez Laclos, Merteuil est un personnage complexe car son émancipation propre ne conduit pas à celle de toutes les femmes”

 

Qu’on lise son œuvre comme celle d’un allié ou comme celle d’un homme qui ferait du « mansplaining », il ne fait aucun doute que Laclos offre aux Lumières un visage féministe : il critique une société libertine qui prône certes le plaisir, mais un plaisir asymétrique et d’autant plus coûteux et destructeur qu’on est née femme. Rappelons que le mot même de « libertin » renvoie pour l’homme à une liberté d’esprit puis de mœurs, tandis qu’une femme « libertine » est d’abord la jeune fille « qui désobéit à sa mère » puis « la femme qui ne se soumet pas à son mari ». Il suffit donc de dire non pour être vue comme subversive et risquer de perdre sa réputation. Laclos s’attaque ainsi aux contraintes socioculturelles qui pèsent sur les femmes, y compris dans cette nouvelle quête du plaisir sexuel qui parachève cette injustice de genre.

Rien d’étonnant dans ce cadre à vouloir partir du personnage de la marquise de Merteuil – pièce maîtresse de l’œuvre – pour servir un point de vue féministe, en dépit de la troublante complexité du personnage. Pour la réalisatrice, Jessica Palud, l’idée est de voir dans ce roman une sorte de « #MeToo au XVIIIe siècle », tranchant ainsi avec l’image qu’en auraient donné ses prédécesseurs, notamment Roger Vadim en 1959, Stephen Frears en 1988, Miloš Forman en 1989 avec Valmont ou encore Roger Kumble en 1999 avec Sexe Intentions. Pourtant, c’est un double échec. 

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