Exposition

Métaphysiques du corps

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Cet article est issu du numéro 2 de Philosophie magazine « 2 - juin/juil. 2006 », en kiosque le 25 mai 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Le 23 juin 2006, le musée du Quai-Branly ouvrait ses portes. Conçu par Jean Nouvel, ce lieu présente des collections d’objets en provenance d’Afrique, d’Asie, des Amériques et d’Océanie. La première exposition temporaire aborde le thème : « Qu’est-ce qu’un corps ? » D’une société à l’autre, les hommes répondent différemment à cette question. Stéphane Breton, ethnologue et commissaire général de l’exposition, nous guide à travers ces mises en chair des quatre continents.

Un morceau du monde en Afrique de l’Ouest

Dans la région mandé-voltaïque, il existe deux types de représentation du corps. Il y a, d’un côté, la très belle statuaire classique, qu’on trouve dans les musées ou chez les collectionneurs. Ces statues représentent des ancêtres mythiques, fondateurs de lignées ou de cultes, qui incarnent un idéal de perfection, sur lequel les vivants doivent prendre modèle. Pour leur ressembler, les hommes se couvrent d’ornements, de coiffures, de scarifications et s’entourent d’emblèmes comme, par exemple, un cheval, une lance, une houe, des colliers. Ces statues ne sont cependant qu’une petite partie des représentations du corps en Afrique de l’Ouest. D’autres objets revêtent une grande importance, bien qu’ils passent inaperçus pour un œil non averti : ce sont des amas de terre informes sur lesquels on fait des libations. Ces tas de boue jouent un rôle capital, car ils symbolisent les morts. Quand quelqu’un meurt, on lui dresse un autel de terre, et cette terre, c’est en somme le corps du mort. Il y a cette idée, en Afrique, que le corps est fait de la matière du monde, qu’il est un morceau du monde. On retrouve ce thème en Occident chez certains présocratiques ou dans le Sermon sur la mort de Bossuet. Le corps étant un morceau du monde, il n’y a ni naissance ni mort. La génération et la dispersion ne sont que des intermittences dans un mouvement cosmique beaucoup plus vaste, qui dépasse les vivants.

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