Théâtre

Michel Agier : “On ne naît pas noir on le devient”

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Michel Agier : “On ne naît pas noir on le devient”

“Une carte noire nommée désir”, de Rébecca Chaillon, est en ce moment présenté à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, à Paris. © Vincent Zobler

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Dans l’actualité artistique, Carte noire nommée désir, présenté ces jours-ci à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, à Paris, brille par son originalité, sa beauté souvent… mais il divise ! Il est précédé, aussi, par des polémiques violentes qui ont accompagné sa représentation. Ce spectacle qui ébranle les imaginaires racistes, nous l’avons vu avec l’anthropologue Michel Agier. Il nous dit le bien qu’il en pense.


 

Pourquoi vous êtes-vous intéressé à Rébecca Chaillon et à ce spectacle ?

Michel Agier : J’avais l’impression, et cela s’est confirmé, qu’il était en plein dans le sujet de mes recherches. Je finis de préparer un livre, qui sortira l’an prochain, dont le sujet est « racisme et culture ». L’idée n’est pas de disserter sur l’existence en soi ou l’inexistence de la race, mais de partir de la réalité historique et contemporaine du racisme afin de voir ses effets, notamment sur les imaginaires, les idées, les comportements, et sur ce qu’on appelle plus largement la culture. Le cheminement est le suivant : le racisme produit de la race qui n’est pas génétique, mais se réfère tout de même à une marque biologique. Cette race produit de la culture. Pour compliquer un peu, je ne troque pas la race pour l’ethnie, comme on parle parfois de « statistiques ethniques » tout en pensant bien à des statistiques raciales, seulement par euphémisation, pour ne pas utiliser le mot race. Je m’interroge sur la culture qui se produit à partir du racisme. J’emprunte au philosophe Achille Mbembe l’idée du « sujet de race », que je reprends en l’élargissant. Le sujet de race est non seulement ce qui est produit par le racisme, le sujet avec son histoire, sa subjectivité, sa mentalité et ses souffrances, mais c’est aussi le sujet au sens de la subjectivation qui produit un geste, qui est agissante. Dans le travail de Rébecca Chaillon, ce qui m’intéresse donc est aussi la pratique de la performance. Elle montre que la culture n’est pas donnée ; pour elle, c’est une performance culturelle. Or quand on regarde les œuvres de la culture, dans les musées par exemple, on l’oublie généralement, parce qu’on les voit sous une forme finie, figée, en oubliant les conditions dans lesquelles elles ont été produites. La performance intéresse l’anthropologue qui veut voir la culture « en train de se faire ».

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