Le chant des signes
Micro-trottoir, le réel au rabais
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Cet article est issu du numéro 58 de Philosophie magazine « 58 - avril 2012 », en kiosque le 29 mars 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Quand les journalistes tendent la perche aux « vrais gens », l’accumulation de poncifs n’est jamais loin. Comment une prise de parole supposée libre peut-elle se muer en fabrique de consensus ?
C’est l’étape obligée du sujet de société, le moment du reportage où, soit pour meubler quand on n’a plus rien à dire, soit pour rassurer le téléspectateur en l’informant sur ce qu’il pense quand il ne réfléchit pas, le journaliste tend le crachoir aux gens du coin pour recueillir leurs opinions. Il en résulte immanquablement une mélasse de truismes, d’on-dit et de poncifs. À tous égards, le micro-trottoir est bien nommé. Prendre un bain de mer le 1er janvier ? Ça « raffermit les chairs ». Il y a grève dans les transports ? « On s’organise comme on peut. » C’est la période des soldes ? « On va chercher les bonnes affaires ! »… Etc. Le micro-trottoir a le souci de l’évidence qui prescrit le convenable et proscrit l’exception.