Cinéma

“Miroirs n° 3” : le rêve et son double

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“Miroirs n° 3” : le rêve et son double

Miroirs n° 3, de Christian Petzold. Avec Paula Beer, Barbara Auer, Matthias Brandt...©Les Films du Losange

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Cet article est issu du numéro 192 de Philosophie magazine « L’IA et moi », en kiosque le 21 août 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Ne cherchez pas à percer le sens de cette fable. Elle défie la logique et relève davantage de l’énigme, qui n’appelle pas vraiment la réponse mais alimente infiniment la réflexion. De film en film, Christian Petzold élabore ainsi un univers onirique en suspension, avec ses figures mythiques, ses motifs récurrents et ses acteurs fétiches, dont Paula Beer, qui irradie ici encore de sa présence. Elle incarne Laura, une étudiante berlinoise victime d’un accident de voiture, sur une route de campagne. Soignée puis recueillie par Betty, une femme énigmatique croisée au bord d’un chemin, elle intègre une famille qu’on devine hantée par un drame. Sa venue inopinée bouleverse l’équilibre fragile entre une mère, un père, un fils et… une figure absente dont Laura commence à prendre la place. Un double fantasmé, si ce n’est une revenante ? Comme le relève Sophie Galabru dans son essai Faire famille, « la famille n’est pas un tout figé ni un ensemble défini par le nombre de ses membres, leur qualité et leur rôle. Réalité kaléidoscopique, ce tout ne cesse de se réagencer au fil du temps, des naissances et des morts, des départs et des arrivées. L’entrée d’un tiers ou la sortie d’un autre impose un nouvel exercice de composition. Une nouvelle partie ne peut s’intégrer au tout avec justesse qu’après avoir été regardée par les yeux de chacun ». Le cinéaste s’attache tout particulièrement à ces jeux de regards qui structurent son film, et cette composition prend d’ailleurs un sens musical. Car Laura, pianiste, interprète à un moment, de façon inattendue, sur un piano dont on comprend qu’il n’a pas été joué depuis longtemps, une partition de Maurice Ravel donnant son titre au film : Miroirs 03, sous-titré Une barque sur l’océan. Où reparaît l’image de l’eau, chère au réalisateur d’Ondine et du Ciel rouge, ce miroir trouble, à la fois symbole d’espoir et de danger, de mort et de renaissance.

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