La petite question
Moins de code de la route, moins de morts ?
© Sameer Ketkar/Unsplash
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Louis Sarkozy veut supprimer le code de la route. Une idée folle… ou innovante ? L’analyse de notre collègue Apolline Guillot, autrice d’une Petite Philosophie des mobilités. La route, école de la patience (Philosophie magazine Éditeur, 2025).
« Ce qui tue les automobilistes, c’est l’assistanat. » Quel soulagement d’apprendre la semaine dernière de la bouche du candidat à la mairie de Menton, Louis Sarkozy, qu’il avait une solution toute trouvée pour endiguer les accidents de la route ! C’est simple, il faut « rendre au citoyen la pleine responsabilité de sa conduite, au lieu qu’il la délègue intégralement au code de la route ». Supprimer le code, donc, ainsi que la plupart des signalisations et panneaux.
Sur le coup, la proposition fait sourire : pourquoi, alors que nous déplorons encore près de 3 500 morts d’accidents par an et 26 000 hospitalisations, voudrions-nous nous défaire d’infrastructures pensées justement pour rendre lisible, et donc plus sûre, la circulation ?
La préhistoire des bagnoles
D’emblée, défaisons un mythe : il n’existe pas d’âge d’or de la liberté des automobilistes, sans entraves aucunes. La première loi sur la circulation des véhicules à moteur est très ancienne. Dès 1893, elle obligeait déjà de prévenir à l’avance son passage et limitait la vitesse en ville et sur route. Au fil des années, de multiples codes locaux et régionaux se créent et essayent d’encadrer l’usage de ces engins qui sont toujours perçus par une partie de la population comme un simple loisir récréatif, sportif – et pas encore un moyen de transport fiable. En 1921, le code de la route voit le jour pour unifier les pratiques et rendre plus aisé le contrôle – matérialisé par la présence de politiciens aux intersections, par exemple.
Ce contrôle policier est rendu nécessaire par deux facteurs : d’une part, les véhicules sont de plus en plus massifs et rapides, donc dangereux. D’autre part, comme l’a montré l’historien Peter Norton, spécialisé dans l’histoire des mobilités urbaines, les rues se transforment sous la pression des lobbies de l’automobiles. Les lignes de tramway électrifiées sont démontées pour faire plus de place aux voitures, on marque les trottoirs et les chaussées pour délimiter visuellement la présence de piétons, on lisse et on aplatit les rues… Bref, on a façonné une ville car-friendly où la technique est plutôt mise au service de la vitesse, ce qui implique plus de contrôle a posteriori.