Politique
Mort de Quentin Deranque : à l’extrême gauche, un demi-siècle de rapports ambivalents avec la violence
Captures d’écran d'une vidéo diffusée par France TV le 15 Février 2026, d’après une vidéo amateur prise le 12 février. On y voit plusieurs personnes en noir, cagoulées, et Quentin Deranque, déjà à terre, qui reçoit un violent coup de pied en pleine tête.
Cet article est réservé aux abonnés.
La mort de Quentin Deranque, tué lors d’une rixe avec des militants antifascistes à Lyon, remet la question de la violence politique sur le devant de la scène. Le résultat d’une mutation récente du rapport de l’extrême gauche à la violence ? L’éclairage d’Ariane Nicolas et de Charles Perragin.
Le spectre de la violence politique d’extrême gauche est-il de retour ? Onze personnes ont été interpellées depuis mardi dans le cadre de l’enquête sur la mort de Quentin Deranque, jeune militant identitaire passé à tabac par des militants antifascistes, à Lyon, le 12 février. Parmi les personnes soupçonnées de ce que la justice qualifie notamment d’« homicide volontaire », plusieurs membres de la Jeune Garde, un collectif d’ultragauche basé à Lyon, ville où l’ultradroite a fait son nid depuis la fin des années 1970. Certains faisaient l’objet d’une fiche S pour radicalisation politique.
L’affaire est particulièrement sensible, en raison de l’interpellation, mardi, de Jacques-Élie Favrot, assistant parlementaire de Raphaël Arnault, député La France insoumise et cofondateur de la Jeune Garde. Son avocat a reconnu que l’assistant avait « commis des violences » mais assure qu’il n’était pas « l’auteur des coups mortels ». Un ancien stagiaire de Raphaël Arnault a été interpellé mercredi, tandis qu’un second collaborateur de l’élu LFI, lui aussi interpellé, est soupçonné d’avoir aidé cet ancien stagiaire à se soustraire à l’enquête. Si, à l’heure l’on écrit ces lignes, l’implication de Jacques-Élie Favrot dans la mort de Quentin Deranque n’est pas démontrée, plusieurs voix demandent déjà la suspension voire l’exclusion du député Raphaël Arnault de l’Assemblée nationale.
Dans les années 1970-1980, une violence assumée
L'histoire semble quelque peu oubliée, mais il fut un temps où l’extrémisme de gauche tuait ouvertement, en France. Dans les années 1980, le collectif Action directe, groupuscule révolutionnaire terroriste prônant la lutte armée, a commis plus de 80 attentats, faisant 26 blessés et 12 morts. S’inspirant de la Fraction armée rouge (bande à Baader) en Allemagne ou des Brigades rouges italiennes, Action directe revendiquait la violence politique comme moyen de porter un combat anticapitaliste et antifasciste. Le groupuscule a disparu après l’interpellation de ses principaux membres en 1987, dont Jean-Marc Rouillan et Nathalie Ménigon, alors condamnés à la prison à perpétuité.
“Aujourd’hui, très peu de courants de gauche font appel à la violence révolutionnaire : la gauche ne produit plus de ‘massification de la radicalité’”
Né en 1979, Action directe représente la frange la plus extrémiste d’une constellation de groupes gauchistes qui, dans le sillage de Mai-68, ont porté une ligne contestataire radicale. Pour autant, tous ne prônaient pas l’usage de la violence et quand celle-ci était assumée, à travers notamment des combats de rue fréquents contre l’extrême droite, il n’était pas question de tuer. Dès 1972, la mort de Pierre Overney, un ouvrier tué par un vigile de l’usine Renault de Billancourt lors d’une action de la Gauche prolétarienne, avait marqué le début d’une réflexion critique sur le rôle supposément légitime de la violence dans l’action gauchiste. Après une série d’événements contestés en interne comme en externe, la Gauche prolétarienne a procédé à sa dissolution, quelques mois plus tard.
Après la Chute du mur, une relative mise en retrait
Au milieu des années 1980, les années Mitterrand et la chute de l’Empire soviétique changent la donne. Face à la disparition totale ou partielle des partis communistes occidentaux, la gauche n’est plus en mesure de produire une « massification de la radicalité », selon les termes du doctorant en histoire et journaliste Guillaume Origoni. Dans un article publié par la Fondation Jean-Jaurès, le chercheur explique que ce phénomène a propulsé la gauche radicale dans une situation inédite :