Entretien

Nathalie Sarthou-Lajus : “Il y a des dépendances heureuses”

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Nathalie Sarthou-Lajus : “Il y a des dépendances heureuses”

© Éditions Bayard

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Être dépendant de quelque chose ou de quelqu’un n’implique pas nécessairement, pour la philosophe Nathalie Sarthou-Lajus, qu’on en devienne l’esclave, car, à certaines conditions, la dépendance peut être désirable et même épanouissante. Entretien.

 

Nos sociétés libérales, expliquez-vous, sont soumises à ces deux fléaux que sont l’addiction et l’endettement. Or vous avez travaillé sur la question de la dette : votre analyse de la dépendance s’inscrit-elle dans la continuité de cette réflexion ?

Nathalie Sarthou-Lajus : Ma thèse sur l’éthique de la dette m’avait déjà fait rencontrer la relation de dépendance « créancier-débiteur ». Le déclencheur a été un article du psychanalyste Paul-Laurent Assoun, qui faisait le rapprochement entre l’addiction et la dette, en rappelant l’étymologie latine d’un terme dont on croit souvent qu’il vient du monde anglo-saxon : celui d’« addiction ». En latin, l’ad dictus est celui qui est « dit par l’autre », au sens de l’esclave romain qui n’avait pas de nom propre mais était nommé par le maître qui avait droit de vie et de mort sur lui. De la même manière, la personne addict ne se définit plus que par sa relation au produit dont elle est « accro » : si vous êtes « accro » à l’alcool, vous serez qualifié d’alcoolique, si vous êtes « accro » à la cocaïne, vous êtes cocaïnomane, etc.

 

Comme si l’addiction permettait de donner un sens à ce que nous sommes ?

Selon Paul-Laurent Assoun, l’addiction signifie dans le droit médiéval qu’un débiteur est « contraint par corps » quand il ne peut pas s’acquitter de ses dettes. Au-delà de l’esclavage, ce rapprochement entre dette et addiction donne à penser qu’une personne peut payer de son corps et de sa vie. 

“Le consentement exprime l’ambivalence de la dépendance et de tout lien. Consentir, c’est faire le choix de la confiance et se risquer à l’abandon de soi”
Nathalie Sarthou-Lajus
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