Neltiliztli
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Cet article est issu du numéro 140 de Philosophie magazine « 140 - juillet 2020 », en kiosque le 18 juin 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Langue d’origine : náhuatl
Fraîchement débarqués dans le Nouveau Monde, certains missionnaires franciscains entreprirent d’étudier le náhuatl, la langue des Aztèques. Un terme retint leur attention : neltiliztli, traduit en général par « vérité ». Neltiliztli n’a pourtant pas grand-chose à voir avec la conception occidentale de la vérité en tant qu’adéquation entre une idée et son objet. Ce terme est en effet apparenté à neltiàayo-tia – « prendre racine » – et nelti – « s’épanouir ». L’anthropologue mexicain Miguel León-Portilla, auteur de La Pensée aztèque (trad. fr. Seuil, 1985), en déduit que « la vérité [au sens des Aztèques] est la qualité de ce qui tient, de ce qui est ferme et bien enraciné ». Mais cet enracinement n’a rien d’une identité rigide, car l’univers, pour les Aztèques, est un perpétuel chambardement, dans lequel rien n’est stable. Être neltiliztli, authentique, implique donc d’épouser le cours des choses, à l’image de la plante qui se transforme au gré des saisons. Professeur à Stanford, Gordon Brotherston traduit d’ailleurs le terme par « bourgeonnement ». C’est seulement par cette dérive dans le souffle du monde que peut surgir, au cœur de l’impermanence des choses, un fragment d’éternité – à la manière de la fleur qui porte en elle la totalité du devenir de la plante.