Phrase choc
« Nous sommes fatigués de l’homme » Friedrich Nietzsche, La Généalogie de la morale
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Cet article est issu du numéro 17 de Philosophie magazine « 17 - mars 2008 », en kiosque le 28 février 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le philosophe allemand nomme nihilisme ce mal qui pousse l’homme à renoncer à s’interroger sur sa condition et le plonge dans la dépression.
Imaginons un homme qui, au réveil, se présente devant son miroir et s’adresse ces propos peu amènes : « Tu me dégoûtes », « Tu me fais pitié. » Cet homme est fatigué – et fatigant. Il offre tous les symptômes d’un mal profond que Friedrich Nietzsche a baptisé du nom de nihilisme. Qu’est-ce donc que cette pathologie inquiétante ? Sous ce terme, l’auteur de la Généalogie de la morale entend un mouvement fatal de dépréciation de la vie. La « volonté de puissance », concept central qui désigne l’aspiration de chacun à déployer ses forces dans le monde, se retourne contre elle-même et développe une logique de ressentiment contre le réel. Du coup, l’existence ici-bas est rejetée au profit de constructions spéculatives instaurant une vérité transcendante, à l’image du monde intelligible platonicien ou de l’au-delà chrétien. De telles fictions de nature métaphysique et religieuse ont précisément pour vocation de dénigrer l’ordre du sensible.