Pendant que j’y pense / Mars 2020
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Cet article est issu du numéro 137 de Philosophie magazine « 137 - mars 2020 », en kiosque le 20 février 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Cher Baptise Morizot, votre livre donne tellement envie de se rendre « disponible aux autres Manières d’être vivant » (Actes Sud, 336 p., 22 €) que j’aimerais vous faire connaître un poète. Il s’appelle Frédéric Jacques Temple. À bientôt 99 ans, dans son Languedoc natal, il est pour moi le plus grand vivant poète. La collection Poésie/Gallimard consacre son œuvre : La Chasse infinie et autres poèmes (368 p., 9,50 €). Ce que vous avez appris en suivant la trace des animaux sauvages, il l’a rêvé en lisant Pline et Jules Verne, et semble le savoir par corps de toute éternité. Vous parlez avec les loups du Vercors, il chante avec les huppes de son jardin et les balbuzards de Long Island. Vous méditez sur « l’émotion antique […], indépendante des savoirs et plus ancienne que tous », qui nous saisit lorsque, pour la première fois, nous croisons un hippocampe. Vous touchez là la sensation qu’exprime toute la poésie de Temple. Il vous faut Spinoza pour persévérer dans l’être et penser une « éthique diplomatique » entre les vivants. Le voici, votre diplomate : c’est Temple, qui connaît tous les êtres par leur nom. Il ne théorise pas l’exception humaine, pas davantage sa non-exception. Il est là, vivant immémorial comme le sont les arbres, les pierres et les bêtes :