Pendant que j'y pense / Octobre 2013
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Cet article est issu du numéro 73 de Philosophie magazine « 73 - octobre 2013 », en kiosque le 19 septembre 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le centenaire de la guerre de 1914 se célèbre déjà en 2013 par pléthore de publications. Sur le dessus de la pile, on placera un précieux ouvrage du plus audacieux de ses historiens, Stéphane Audoin-Rouzeau. Non la somme définitive qu’on aurait attendue du spécialiste, mais un court récit, tout aussi décisif. Dans Quelle histoire ! (EHESS/Seuil/Gallimard, 160 p., 17 €), il explore, avec une précision et une pudeur extrêmes, ce que la Grande Guerre, qui fut son objet d’étude, a fait aux « siens », à sa « lignée », sur trois générations, la sienne comprise : ses deux grands-pères, le grand-père de son épouse, et… personnage manquant et omniprésent, son père Philippe, celui qui voulut rompre le fil que le fils renouera. Ce « récit de filiation » est enroulé autour du deuil de ce père. Car Philippe Audoin, le jour haut fonctionnaire, la nuit poète surréaliste, compagnon d’André Breton, écrasant de culture, écrivain parfait et esprit libertaire, épousa le refus surréaliste de voir la guerre de 1914, tandis que son rejeton s’y plongeait avec la passion de savoir. De son propre père, Robert, qui ne se releva jamais d’avoir vécu le carnage dans les tranchées, Philippe occulte le déchirement. Mai 1968 sera son ultime espoir de révolution surréaliste. De sa défaite, lui non plus ne se relèvera pas. Ce récit est un adieu de Stéphane Audoin-Rouzeau à la Grande Guerre, ce « tueur qui [a] fracassé les relations entre les pères et les fils sur trois générations ». C’est aussi un hommage renouvelé à l’Histoire, qui permet de comprendre.