Le billet de Catherine Portevin

Pendant que j’y pense/Novembre 2021

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Pendant que j’y pense/Novembre 2021

Cet article est issu du numéro 154 de Philosophie magazine « Ma liberté est-elle négociable ? », en kiosque le 28 octobre 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Elle ne l’a pas vu venir, mais ça va couper sa vie en deux. En un éclair, le 16 août 2015, sous un ciel pourtant serein, Helena a pris la foudre. Elle a survécu à la décharge. On appelle « fulgurés » ceux qui vivent, « foudroyés » ceux qui meurent. De l’histoire d’Helena, la romancière Claire Fercak fait le fil quasi électrique de son enquête. Après la foudre (Arthaud, 272 p., 19,90 €) raconte ce que l’éclair fait au vivant. Il le brûle, le choque, le sidère, l’émerveille, l’effraie, le traumatise, le déséquilibre. Il met brutalement l’être en tension énergétique entre le ciel et la terre. Claire Fercak a relu les mythologies, s’est plongée dans la littérature scientifique depuis Benjamin Franklin, a questionné des kéraunopathes, médecins spécialisés dans le traitement des fulgurés, suivi des photographes d’orages, comptabilisé les impacts, les animaux foudroyés, suivi les trajets du courant dans les corps, interrogé les méga-feux et le dérèglement climatique, regardé les arbres touchés renaître, et même rêvé sur le coup de foudre amoureux. Son livre est une plongée con­temporaine dans la cosmogonie d’Héraclite : « La foudre gouverne tout. La foudre est le feu éternel, un feu sage et auteur de l’administration du monde », écrivait le philosophe. Après la foudre nous sidère pour plusieurs raisons. D’abord par sa forme : Claire Fercak la nomme « fiction documentaire » et prouve que seule la liberté de la littérature peut rendre ainsi le réel et le savoir sensibles. Ensuite par la profondeur de son propos. Car, au fond, ce dont nous parle la foudre, c’est de l’événement pur, qui fracasse, détruit, disloque et métamorphose. En un éclair, il vous tombe dessus. Ça peut être la mort, ça peut être la vie nouvelle. Être fulguré, c’est garder en soi longtemps l’électricité de « cette escale qui n’était pas la mort. » On ne l’a pas vu venir.

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