Culture “woke”
Peter Boghossian : “Refuser le débat, c’est justement rendre sa certitude morale fragile”
Peter Boghossian. © Collection personnelle
La liberté d’expression est-elle menacée sur les campus américains ? C’est ce que pense Peter Boghossian, ancien professeur de philosophie à la prestigieuse université de Portland (Oregon). Le 8 septembre, sa lettre de démission, acerbe, dénonce le virage dogmatique pris depuis plusieurs années par le milieu universitaire outre-Atlantique. En cause : ce qu’avec d’autres, Boghossian nomme « l’idéologie woke » aux États-Unis – soit une prise en compte des luttes sociales désormais polarisée à l’extrême et qui, selon ses détracteurs, porte un discours autoritaire menaçant l’expression d’opinions plurielles.
Harcelé par les étudiants – qui sont allés jusqu’à lui cracher au visage dans les couloirs et déposer des sacs d’excréments devant son bureau –, Peter Boghossian incarnait aussi un goût pour la provocation, lui qui avait fait publier des canulars dans la presse universitaire américaine pour dénoncer les « impostures intellectuelles » de certains domaines d’étude comme les gender studies, ou faisait défiler dans ses cours intervenants climatosceptiques ou « platistes ».
Dans cet entretien, il nous donne les raisons de ses méthodes si particulières, qui constituent pour lui un moyen d’appliquer en actes la méthode du questionnement socratique et sont la condition d’un débat éclairé.