Peter Pan contre Gilgamesh

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Cet article est issu du numéro 33 de Philosophie magazine « 33 - octobre 2009 », en kiosque le 24 septembre 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Parmi les grands mythes racontant les âges et la manière dont il faudrait les vivre, deux occupent une place à part. Le premier est le plus ancien texte littéraire connu : l’Épopée de Gilgamesh, le « grand homme qui ne voulait pas mourir » ; le second est bien plus récent, c’est la légende de Peter Pan, le « petit homme qui ne voulait pas grandir ». À eux deux, ils épuisent presque le champ d’une sagesse des âges de la vie que la vanité humaine ne cesse de mettre en péril.

Gilgamesh, roi légendaire d’Uruk, en Mésopotamie (qui vécut vers l’an 2650 avant notre ère), est grand : par la taille, par la force, par la noblesse et par la renommée. Pour lui, grandir va tellement de soi qu’il éprouve comme un scandale de devoir mourir un jour. Il en prend conscience lorsque son grand ami Enkidou décède suite à une malédiction divine. Fou de douleur, mais aussi d’angoisse, il décide de partir à la recherche du secret de la « vie-sans-fin », dont un vieil homme, Outa-napishtim – qui n’est pas sans rappeler Noé –, serait le dépositaire dans une île du bout du monde. Après maintes épreuves terrifiantes, Gilgamesh atteint l’île. Mais là, nul secret. Le vieil homme doit son immortalité à une décision des dieux de le préserver du déluge. Désespéré, Gilgamesh se voit offrir un lot de consolation : une plante apportant la « vie-prolongée » et la « vitalité-retrouvée ». Épuisé par ses prouesses, notre héros s’endort et se fait dérober son bien par un serpent… qui aura désormais le don de se débarrasser de sa vieille peau ! Gilgamesh rentre alors à Uruk avec pour seul trésor ces paroles d’une nymphe rencontrée en chemin : « Pourquoi vagabonder ainsi, Gilgamesh ? La vie sans fin que tu recherches, tu ne la trouveras jamais ! Quand les dieux ont créé les hommes, ils leur ont assigné la mort, se réservant l’immortalité à Eux seuls ! Toi, plutôt, remplis-toi la panse, demeure en gaieté jour et nuit, […] regarde tendrement ton petit qui te tient la main, et fais le bonheur de ta femme, serrée contre toi ! Car telle est la seule perspective des hommes ! » 

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