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Peut-on choisir ses désirs ?
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Cet article est issu du numéro 159 de Philosophie magazine « Qu’est-ce qui nous rend courageux ? », en kiosque le 05 mai 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Analyse des termes du sujet
« Peut-on ? »
Est-ce possible ou souhaitable ?
« choisir »
Préférer une chose plutôt qu’une autre.
« ses désirs »
Ensemble des tendances spontanées de l’individu, expression de ses manques.
Défrichage
Premières intuitions
Lorsque je choisis de goûter un parfum de glace ou de regarder une série sur une plateforme numérique, je suis convaincu de le faire librement. Mais ai-je pleinement conscience que le glacier ne propose pas certains parfums ou que visionner une série est une activité à la mode ?
Pourtant, quand bien même je suis conditionné dans mes choix, je ne doute pas que c’est moi qui finalement décide : en matière de goût, si l’on peut me séduire, on ne peut me forcer. Mes désirs sont vécus comme étant miens, même s’ils sont partagés ou sollicités par autrui. Cependant, n’est-il pas illusoire de croire que, dès lors que j’ai conscience de mes envies, je les ai choisies ?
Mais si, même lorsque je suis lucide sur mes inclinations, elles s’imposent à moi, cela signifie qu’identifier et évaluer ses propres penchants ne suffit pas pour les maîtriser. Dois-je alors m’inquiéter d’être parfois surpris par mes désirs ?
Exemples qui viennent à l’esprit
Le Dom Juan (1665) de Molière brosse le portrait d’un séducteur irrésistible et conscient de son pouvoir. Mais son désir insatiable de conquêtes féminines ne cache-t-il pas l’ignorance de sa propre psychologie ? Son érotomanie semble davantage subie que choisie.
La Peau de chagrin (1831), roman d’Honoré de Balzac, raconte le destin tragique de Raphaël. Ce héros désespéré retarde son suicide en achetant un talisman qui lui permet de satisfaire tous ses désirs, mais, à chaque fois que l’un d’eux est exaucé, sa longévité raccourcit. Balzac montre ici la complexité du lien qui unit désir et liberté.