Hors-série "Emmanuel Levinas"

Philippe Corcuff : une réponse aux tentations identitaristes

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Cet article est issu du Hors-série n°N° 40 de Philosophie magazine « Emmanuel Levinas », en kiosque le 13 décembre 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Sociologue, Philippe Corcuff a trouvé dans la philosophie de Levinas un outil pour décrire les relations de soin ou d’assistance en termes de « face à face ». Militant engagé, il voit aussi dans cette éthique une ressource pour penser l’émancipation et une politique des identités ouvertes.

 

En dehors du regretté Miguel Abensour, peu ont tenté de renouveler la pensée critique et émancipatrice dans la confrontation avec des ressources levinassiennes. Quand on sort de l’entre-soi académique, les usages tièdes, conformistes, moralisateurs, du nom de Levinas sont courants. On est loin de la radicalité de l’interrogation éthique et du potentiel politique de l’auteur de Totalité et Infini (1961). Je me suis pourtant hasardé sur ces sentiers désertés, vers 1993, d’abord en sociologue, puis en philosophe de la politique engagé.


Venant d’une sociologie critique, croisant Marx et Bourdieu, tout en participant à la nouvelle sociologie pragmatique initiée par Luc Boltanski et Laurent Thévenot, je me suis intéressé au début des années 1990 à ce qui pouvait échapper, dans la vie quotidienne, aux contraintes structurelles des dominations (de classe, de genre, politiques, etc.). Non pas pour nier la dureté du monde social, mais afin de repérer dans le monde existant des trouées vers d’autres mondes possibles, sur lesquelles une politique d’émancipation pourrait s’appuyer. Il s’agissait de mieux nouer critique sociale et émancipation en partant, selon une injonction d’inspiration marxienne, des contradictions du réel.
 

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