L’invention
Plus belle la vitre ?
© Gan Huang / KIT
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Imaginez les vitres de votre appartement remplacées par une glace plus transparente que la lumière mais rendant flou ce qui se passe à l’intérieur, capable de se nettoyer toute seule et de rafraîchir l’atmosphère du logement : c’est ce que promet un « métamatériau » mis au point par une équipe du Karlsruher Institut für Technologie (KIT) et dévoilé en mai dans la revue scientifique Nature.
La surface de cette invention baptisée PMMM (pour « polymer-based micro-photonic multi-functional metamaterial ») est si lisse que l’eau ruisselle sans entrave, entraînant dans son écoulement les saletés. Sa composition lui permet de réfléchir 73 % de la lumière solaire, ce qui garantit la protection de l’intimité et permet d’abaisser la température de 6 °C.
Les objectifs sont multiples. « Notre matériau nouvellement développé a le potentiel d’être utilisé dans divers domaines et apporte une contribution significative à une architecture durable et économe en énergie », résume Gan Huang, chercheur au KIT. Plus besoin, en effet, d’allumer toutes les lampes pour y voir clair : la lumière rentre sans difficulté. Outre les logements et les bureaux, le PMMM pourrait se révéler très utile pour les serres agricoles.
Ce verre de nouvelle génération appartient au groupe des « métamatériaux » qui suscite un vif intérêt depuis quelques décennies. Selon le physicien Martin Wegener, spécialiste du sujet, « les métamatériaux sont des composites rationnellement conçus offrant des propriétés effectives qui vont qualitativement ou quantitativement au-delà de celles […] des ingrédients les constituant » (Physique, n° 21, 2020). Pour les chercheurs français Boris Gralak et Sébastien Guenneau, cette définition reste imparfaite, car un simple « morceau de verre pourrait acquérir des propriétés extraordinaires […] même s’il ne s’agit pas d’un composite ». L’idée reste cependant la même : faire jaillir de la matière des potentialités latentes qui ne s’expriment pas naturellement. Le philosophe François Dagognet voit dans ces « néo-matériaux » une nouvelle génération de substance – une « ruse technologique qui potentialise ». Dans les « mixtes » anciens, « les deux éléments se consolident mutuellement, mais subsistent séparés » si bien que « l’union ou la fusion ne va pas vraiment jusqu’à son terme ». Les « composites » modernes, eux, « associent deux éléments différents (par leur nature, leur forme et leur fonction), de telle façon que l’union dépasse la somme des unités ».