France / Mouvement social
Police ou manifestants, qui détient la violence légitime ?
(cc) Violences policières dans les manifs contre la Loi Travail - Paris / 14/04/16 / Street Politics
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Cet article est issu du numéro 101 de Philosophie magazine « L’instant présent. Attrape-le si tu peux ! », en kiosque le 16 juin 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Pendant les rassemblements contre la “loi travail”, les heurts entre manifestants et forces de l’ordre ont été très brutaux, chaque partie rejetant la faute sur l’autre. De quoi remettre en cause la définition de l’État comme unique dépositaire de la violence légitime.
La grande communion n’est plus qu’un souvenir. En janvier 2015, la foule venue saluer la mémoire des victimes des attentats acclamait les forces de l’ordre. Un an plus tard, les manifestations contre la « loi travail » s’accompagnent de violences croissantes. D’un côté, des manifestants sont battus ou blessés, par des grenades de désencerclement ou lacrymogènes. De l’autre, des manifestants s’en prennent à des policiers. Le 18 mai, une voiture contenant deux agents est attaquée et brûlée. L’image a fait réagir le Premier ministre, qui réclame des sanctions « implacables » contre « des individus qui veulent se payer un flic ». Manuel Valls, ancien ministre de l’Intérieur, semble réaffirmer la thèse suivant laquelle seul l’État, et donc les organes de sa stabilité que sont la police et l’armée, peut utiliser « le monopole de la violence physique légitime ». Cette expression est employée par le sociologue allemand Max Weber dans une conférence prononcée en janvier 1919, quelques jours après l’écrasement de l’insurrection communiste des spartakistes : « Le métier et la vocation d’homme politique ». L’État moderne s’est érigé contre toutes les forces susceptibles de contester son hégémonie : associations, églises, syndicats, entreprises privées, mouvements révolutionnaires. Cette « violence légitime » est d’ailleurs encadrée par le droit et des règles strictes. Aujourd’hui, l’usage de la force par la police est soumis à la légitime défense, l’absolue nécessité, et doit obéir à une règle de proportionnalité.