Pourquoi aimons-nous dire des gros mots ?
© Séverine Scaglia
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Cet article est issu du numéro 136 de Philosophie magazine « 136 - février 2020 », en kiosque le 16 janvier 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Vous ne l’avez pas encore prononcé que vous savourez déjà la réaction qu’il va susciter, ce juron particulièrement grossier qui vous brûle les lèvres. Pourquoi une telle délectation ? Les philosophes vous répondent, sans se départir de leur politesse.
Parce que ça soulage
Platon (428-348 av. J.-C.)
Les gros mots viennent des tripes, de la partie désirante de notre âme que les Grecs appelle epitumia. Platon la compare dans le Phèdre à un cheval colérique dont les oreilles pleines de poils seraient sourdes aux commandements de la raison. C’est cette « amie de l’outrage » qui nous fait prendre plaisir à être déraisonnable. Impatiente, elle exige une satisfaction immédiate : voilà pourquoi nos jurons fusent si vite. Et cette incontrôlable « compagne de la démesure et de la gloriole » nous titille encore plus en état d’ivresse. C’est bien, selon le philosophe, quand on a un verre dans le nez que le plaisir de « l’impudence débridée du langage » bat son plein.