Préface à la “Lettre à Ménécée” et aux “Sentences vaticanes”
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Cet article est issu du numéro 16 de Philosophie magazine « 16 - février 2008 », en kiosque le 24 janvier 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« Selon Épicure, les hommes ne sont pas heureux, car ils ont peur. Il y a quatre sujets de crainte. L’homme a peur des dieux. Il a peur de la mort. Il a peur de ne pas avoir ce qu’il désire. Il a peur de souffrir. Il faut se guérir de la peur comme d’une maladie. Les sujets de crainte se dissipent devant la Vérité sur la nature des choses qu’apporte la philosophie. Le philosophe est un médecin qui dispose d’une panoplie de quatre remèdes (tetrapharmakos). Ces remèdes consistent en démonstrations. 1) Les dieux ne sont pas à craindre. Ce sont des réalités physiques. Vivant dans les vastes espaces entre les mondes, incorruptibles et bienheureux, ils se gardent d’altérer leur bonheur par le souci des affaires humaines. 2) La mort n’est pas à craindre, puisque lorsque la mort est là, nous ne sommes plus là pour en souffrir. Après la mort, l’âme, formée d’atomes, se désintègre et il n’y a plus ni vie ni sensibilité. 3) Quant à la peur de n’avoir pas ce que l’on désire, elle vient de ce que l’on ne sait pas désirer. On aura ce que l’on désire si l’on sait s’en tenir aux désirs naturels (physikai), qu’ils soient « nécessaires » (anankaiai) – comme le désir de la nourriture et du vêtement, le désir de la philosophie, le désir de l’amitié – ou non nécessaires – comme le désir des plaisirs de l’amour ou les désirs esthétiques (relatifs au plaisir que donne la beauté). 4) Enfin, quant à la peur de souffrir, il faut se raisonner en songeant que la douleur a sa limite. Intense, elle est brève ; durable, elle est faible. Et puis, il faut s’être fait une réserve de souvenirs heureux, que l’on puisse évoquer quand on souffre, pour combattre la douleur.