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Prudence
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Cet article est issu du numéro 116 de Philosophie magazine « Peut-on désirer sans dominer ? », en kiosque le 11 janvier 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Pour ne prendre aucun risque en maniant cette notion, consultez les classiques.
Aristote (384-322 av. J.-C.)
La phronesis est une vertu qui dispose l’homme à évaluer ce qu’il y a de meilleur à faire pour lui-même et pour les autres dans une situation donnée. Façon de trouver la juste mesure, elle s’acquiert à force d’expérience. Critère de l’action excellente, elle est, avec la science, la marque de notre rationalité.
Machiavel (1469-1527)
La prudence est moins une vertu intellectuelle et morale qu’une qualité politique – celle du prince œuvrant à la stabilité de son État. Loin d’être un homme de la juste mesure, le prudent est celui qui sait anticiper les variations de la « fortune » en agissant à temps, même avec cruauté, pour l’unité de son peuple.
Hobbes (1588-1679)
Et si la prudence était à l’origine même de l’État ? Chez l’auteur du Léviathan, elle est cette faculté naturelle de tirer des leçons du passé pour se projeter dans le futur. Elle permet simplement de rester en vie ! Pour sortir de la guerre de tous contre tous, nous jugeons plus prudent de nous associer sous une autorité incontestable.
Nietzsche (1844-1900)
Alors que l’« audace folle » et la « témérité irréfléchie » caractérisent les bons et les distingués, la prudence est un calcul froid (et frileux) promu par les médiocres. Érigée en règle par ces « hommes du ressentiment », elle leur permet de se persuader qu’ils choisissent librement d’être faibles et timorés.
Jonas (1903-1993)
Le progrès technique est arrivé à un point tel qu’il ne s’agit plus, à l’échelle collective, de délibérer sur la juste mesure ou le meilleur, mais sur le moins pire. Telle est la prudence moderne : « un impératif de la responsabilité » qui nous mène au « principe de précaution » et nous oblige vis-à-vis des générations futures.