Quand José Mourinho cite Hegel pour défendre son bilan
José Mourinho en 2013 (cc) Flickr / Ronnie Macdonald
Il se surnomme le « Special One ». Et il est vrai que dans le milieu du football, José Mourinho n’est pas le modèle standard. L’entraîneur portugais de Manchester United, réputé pour sa science tactique et ses airs provocateurs, a une nouvelle fois fait parler de lui en citant Hegel lors d’une conférence donnée après la défaite de son club à domicile lors d’un match contre Tottenham (0-3), vendredi 31 août.
Alors qu’il affirmait officier « dans l’un des plus grands clubs du monde » mais aussi être « l’un des plus grands entraîneurs du monde », un interlocuteur lui demande s’il le resterait s’il ne gagnait aucun titre cette année. C’est alors que l’entraîneur répond en citant le philosophe allemand : « Bien sûr. Avez-vous déjà lu de la philosophie ? N’avez-vous jamais consacré du temps à la lecture de Hegel ? En guise d’exemple, Hegel dit que le vrai est dans le tout, et que c’est toujours dans le tout que vous trouverez la vérité. »
Phénoménologie de l’Esprit face au coup de “Mou”
Mais à quoi José Mourinho pense-t-il ? Et que dit au juste Hegel ? Le philosophe écrit dans la préface à la Phénoménologie de l'Esprit (1807) que « le vrai est le tout ». Cette formule est passée à la postérité comme un abrégé de cet ouvrage robuste et le résumé d’une méthode. « Le vrai est le Tout, précise Hegel. Mais le Tout n’est que l’essence s’accomplissant définitivement par son développement. »
Le philosophe entend donner un sens à l’expérience humaine dans sa totalité : « Saisir et comprendre ce qui est, telle est la tâche de la philosophie ». Il tâche d’en donner une vision cohérente, qu’il conçoit comme un système. Reposant sur une progression historique, ce système tend finalement à l’accomplissement de « l’Esprit », soit une forme d’absolu. Chaque moment de l’histoire prend ainsi sens l’un par rapport à l'autre, l’un contre l’autre. C’est ce qu’il appelle la dialectique, qui n’est pas seulement une méthode mais le mouvement du monde lui-même. La dialectique est une suite de contradictions fructueuses : chaque étape nie la précédente pour la dépasser, se pose en s’opposant. Elle est la façon dont se déploie de la vérité.
Ainsi, José Mourinho balaie les objections et les critiques liées à la défaite de son équipe, en rappelant qu’il a davantage de victoires à son palmarès que beaucoup de ses confrères – « je suis le seul manager au monde à avoir gagné en Italie, en Espagne et en Angleterre. Pas de petits titres ou dans des petits pays, huit vrais titres » – et qu’il ne faut pas s’arrêter à un échec, mais comprendre en quoi cet échec participe d’une trajectoire plus ample... qui tend à la réussite totale.