“Qu’est-ce que bien se comporter ?”

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“Qu’est-ce que bien se comporter ?”

© Séverine Scaglia

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Cet article est issu du numéro 137 de Philosophie magazine « 137 - mars 2020 », en kiosque le 20 février 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Question de Paul Lacaze

Bien se comporter, est-ce bien se comporter dans les faits ou simplement en avoir eu l’intention ? À cette question, on pourrait être tenté de répondre que seule l’intention compte. Bien se comporter, ce serait alors avoir une pure bonne intention. Mais l’objection ne se fait pas attendre : « L’enfer n’est-il pas pavé de bonne intentions ? » Cette objection est aussi formulée par le sociologue allemand Max Weber lorsqu’il distingue l’« éthique de conviction » (agir par pure conviction morale) et l’« éthique de responsabilité » (prendre en compte les conséquences possibles en étant capable d’une distance avec ses principes). Bien souvent, ajoute-t-il, nous pensons bien agir, sommes mus par les meilleures intentions du monde, mais en rencontrant la complexité du réel, nous obtenons des résultats inverses à ceux que nous visions. C’est ce que Max Weber nomme le « paradoxe des conséquences », et qui lui fait dire qu’il y a du tragique dans nos existences. Bien se comporter, si l’on tient compte de ces objections, ce n’est alors plus simplement avoir le souci du Bien, ou du respect des personnes, mais avoir également le souci du réel, des conséquences concrètes et des conséquences de ces conséquences… Pour réussir à bien se comporter, il faudrait alors allier « éthique de conviction » et « éthique de responsabilité ». Le problème, poursuit Max Weber dans Le Savant et le Politique (1917-1919), c’est qu’une telle synthèse est tout bonnement… impossible. Soit nous faisons primer l’idéal sur le réel, soit nous prenons en compte avant tout le réel, mais nous ne pouvons faire les deux en même temps. Probablement faudrait-il tenter d’alterner les deux attitudes. Dans ce cas, nous ne pouvons pas affirmer que nous nous comportons bien : nous pouvons simplement tendre vers cet horizon. Voilà peut-être la réponse la moins insatisfaisante : bien se comporter, c’est essayer de bien se comporter. Être moral, c’est tendre vers la moralité. Nous ne pouvons pas vraiment prétendre être quelqu’un de bien, mais nous pouvons essayer de le devenir. Heureusement, nous avons pour cela le temps d’une vie entière…

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