Généalogie d’une idée
Qu’est-ce que le catholicisme social ?
Philip Alexius de László (1869-1937), portrait du pape Léon XIII (1900). Conservé à la Hungarian National Gallery, Budapest (Hongrie). © Domaine public
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Depuis sa prise de fonction, le pape Léon XIV suscite la curiosité : quelle est sa vision du monde ? En tête des discussions, le choix de son nom, qui remonte à Léon XIII, célèbre pour avoir rédigé l’encyclique Rerum novarum en 1891. Cette encyclique trouve sa source dans un courant au XIXe siècle : le catholicisme social. Enquête.
C’est une notion qui regagne en actualité. En toile de fond de l’élection du pape Léon XIV resurgit une doctrine issue du XIXe siècle, dont Robert Francis Prevost – le nom du pape au civil – serait l’un des représentants : le catholicisme social. Et c’est dans les racines du nom qu’il s’est choisi en tant que Souverain pontife qu’il faut puiser. Car le nom qu’un pape se donne est bien loin d’être anodin. En 2013, Jorge Mario Bergoglio prend la décision de se nommer François, en hommage à saint François d’Assise, fondateur de l’ordre des franciscains connu pour sa philosophie du dénuement. Le nom du nouveau chef de l’Église catholique, lui, renvoie à Léon XIII, pape de 1878 à 1903. C’est lui qui va faire passer à la postérité la « doctrine sociale de l’Église » à travers l’encyclique Rerum novarum de 1891.
Une origine traditionaliste
Dans les années 1830-1840, des débats émergent au sein de l’Église sur la question sociale. Avec l’émergence de la révolution industrielle, la condition ouvrière commence à prendre de l’importance. Pour Denis Pelletier, historien spécialiste du catholicisme à l’École pratique des hautes études (EPHE), une inquiétude générale saisit les élites françaises. La question sociale est prise à bras-le-corps et quelque chose que l’on n’appelle pas encore catholicisme social commence à apparaître. Au cours de cette période, différents mouvements se forment en dehors de l’Église, parmi lesquels un fort courant légitimiste – et donc monarchiste – qui se crée en réaction au capitalisme. Il faut garder à l’esprit que les balbutiements du catholicisme social traversent l’ensemble du spectre politique de l’époque, des traditionalistes aux socialistes en passant par les libéraux. Mais les traditionalistes occupent une place fondamentale dans la propagation du catholicisme social, car l’Église est farouchement hostile au libéralisme et au socialisme. Aussi contre-intuitif que cela puisse paraître, ils font montre de plus de présence et d’activité que les chrétiens de gauche, minoritaires. Parmi les traditionalistes, on retrouve des personnages pionniers comme René de La Tour du Pin, Léon Harmel ou Albert de Mun. Homme politique et académicien, Albert de Mun s’impose, à droite, comme l’un des tenants d’une ligne sociale. Il est le fondateur de l’Œuvre des cercles catholiques d’ouvriers, une association créée en 1871. Celle-ci a pour but la rechristianisation de la classe ouvrière et la défense de ses intérêts contre la société capitaliste. Dans Ma vocation sociale. Souvenirs de la fondation de l’Œuvre des cercles catholiques d’ouvriers (1871-1875) (publié en 1908), il résume son engagement. Il est né d’un « réveil » face au « cauchemar » subi au début des années 1870, où se sont déroulés, entre autres, le siège de Paris, la défaite face à la Prusse puis la Commune. À la suite de ces événements, « chacun avait l’impression qu’il renaissait à la vie, et non pas seulement à la vie matérielle, mais à la vie morale, à la vie nationale, à la vie patriotique ». Cette période a été, pour Albert de Mun, le point de départ de la création de son cercle catholique ouvrier.