L’objet
Qu’est-ce qu’une cruche ? La réponse un peu fêlée de Heidegger
Martin Heidegger. © Farabola/Bridgeman Images. Photo de fond : © Unsplash
Cet article est issu du numéro 195 de Philosophie magazine « Moi, moi et encore moi. Comment sortir de sa bulle ? », en kiosque le 04 décembre 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Une simple cruche peut-elle être bien plus que ce qu'elle paraît ? Sans aucun doute répond le philosophe Martin Heidegger ! Découvrez pourquoi.
Et si la philosophie nous apprenait à voir les choses autrement que comme de banals objets ? Dans un passage de ses Essais et Conférences (1958), Martin Heidegger nous propose une étonnante philosophie… de la cruche ! « La cruche, avance-t-il avec son sérieux habituel, n’est pas une chose au sens [...] de l’objet représenté à la façon moderne. » À ses yeux, elle n’est pas seulement un objet remplissant une fonction utilitaire mais une chose.
Un vide qui ouvre au monde
Mais qu’est-ce qui fait qu’une cruche est une cruche, au juste ? La principale caractéristique de ce pot de terre est… d’être vide. C’est par le vide que la cruche s’ouvre au monde. Par son creux, elle contient et verse à la fois. Ainsi, la cruche rassemble quatre dimensions, ce que le philosophe nomme le « quadriparti » : « Dans le versement du liquide offert, la terre et le ciel, les divins et les mortels sont ensemble présents. » En clair, la cruche unit les hommes par le don de la boisson versée, fait le lien avec les dieux par l’offrande et nous ramène enfin au ciel et à la terre, dont est tiré le liquide qu’elle contient. Une interprétation légèrement fêlée ?