Entretien

Raphaëlle Nollez-Goldbach : “On ne peut pas réduire la géopolitique à la Realpolitik”

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Raphaëlle Nollez-Goldbach : “On ne peut pas réduire la géopolitique à la Realpolitik”

“Au Conseil de sécurité de l’ONU, cinq membres permanents disposent d’un droit de veto, dont deux violent actuellement le droit international – la Russie et les États-Unis.” © Chine Nouvelle/Sipa

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Pour la chercheuse Raphaëlle Nollez-Goldbach, qui enseigne le droit international à l’École normale supérieure, si les organisations et les principes nés de la Seconde Guerre mondiale sont ébranlés, notamment par la politique étrangère des États-Unis, ils conservent néanmoins encore une certaine efficacité. 


 

Le droit international est-il définitivement obsolète, comme le laissent entendre certains responsables politiques, après l’intervention militaire américano-israélienne en Iran ?

Raphaëlle Nollez-Goldbach : Il est impossible de dénier l’échec du droit international face à la multiplication de ses violations, quand la plus grande puissance mondiale commet des actes d’agression contre plusieurs États, au Venezuela ou en Iran. Les violations du droit international qui ont lieu aujourd’hui sont d’une ampleur inégalée depuis la création de l’ONU et il n’y aurait aucun sens à dire que tout va bien. Mais il est abusif de dire qu’il est mort, dans le sens où des règles existent, qui sont toujours actionnables et peuvent servir d’appui pour des réponses légales et légitimes d’autres États. J’ai beaucoup aimé le discours du Premier ministre canadien Mark Carney au sommet de Davos, qui proclame que l’ère de la « fiction » d’un ordre international fondé sur des règles communes permettant d’organiser le vivre-ensemble au sein de la communauté internationale, est terminée. Il s’exprimait après l’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro par les forces américaines. Il dit bien ce qu’est le droit : une « fiction », dont les plus puissants peuvent s’affranchir, mais une « fiction utile ». Les règles juridiques fonctionnent dans un espace démocratique, où les règles de l’État de droit s’appliquent, où une volonté commune de les respecter s’exprime. Pas quand la force d’un pouvoir autoritaire s’impose au droit.

“Au Conseil de sécurité de l’ONU, cinq membres permanents disposent d’un droit de veto, dont deux violent actuellement le droit international – la Russie et les États-Unis. Le système est biaisé dès sa création”
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