Intervention

Frédéric Ramel : “Retrouvons la place des affects positifs dans les relations internationales”

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Frédéric Ramel en 2017

Frédéric Ramel en 2017. © Didier Goupy/Signatures

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Frédéric Ramel est professeur agrégé et directeur du département de Science politique de Sciences Po Paris. Ancien directeur scientifique de l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM), il a notamment publié Philosophie des relations internationales (Presses de Sciences Po, 2011) et L’Attraction mondiale (Presses de Sciences Po, 2012).

 

« Je travaille sur un livre qui devrait paraître en 2022 sur un thème très iconoclaste compte tenu de ma discipline : la bienveillance. En tant que spécialiste des relations internationales, je travaille depuis plus de 25 ans sur les enjeux de la sécurité internationale, au prisme de la guerre et de la paix. Mais depuis deux ans, j’éprouve une espèce de frustration, tant du point de vue de la recherche que de la transmission des connaissances à mes étudiants. J’ai l’impression que jusqu’à présent, je n’ai fait que décrire un monde de violences, de souffrances et d’indifférences. Un monde pratiquement invivable, celui de la survie. Quand on aborde l’espace mondial, on répète à l’envi que c’est la realpolitik, les calculs rationnels qui priment – comme si la dimension sensible, émotionnelle, passionnelle même, très difficile à objectiver certes en sciences sociales, ne comptait pas. Aujourd’hui, je pressens pourtant que si les rapports de puissance demeurent, ils ne sont qu’une partie d’une “équation” bien plus vaste. Dans la lignée du dernier livre de Pierre Hassner (La Revanche des passions, Fayard, 2018), j’aspire à rendre compte de la place des affects positifs et de la sensibilité dans les relations internationales. Attention, je ne veux pas ici substituer la bienveillance à la puissance mais attirer le regard sur l’existence de cette part de la réalité trop vite mise de côté, parfois même occultée car soi-disant sans aucun rapport avec le politique.

 

Parmi les sources philosophiques que je privilégie, il y a les Lumières écossaises dont le principal apport réside dans une approche du sens moral, notamment par le philosophe Francis Hutcheson (1694-1746), maître à penser d’Adam Smith et de David Hume. Il fait de la bienveillance le pivot de son système moral. Hutcheson comprend la bienveillance comme une affection calme à portée limitée : plus nous sommes physiquement proches et interdépendants, plus la bienveillance sera aisée. Pour Hutcheson, il n’y a donc pas a priori de problème moral à ne pas être bienveillant vis-à-vis des étrangers qui vivent loin de nous. Mais il estime que nous avons tous en nous un sens moral inné, une boussole. Elle réside dans notre capacité à reconnaître la bienveillance lorsque nous la voyons, lorsque nous apprécions les conduites bienveillantes des autres. 

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