Géopolitique / Moyen-Orient
L’amitié existe-t-elle en relations internationales ?
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Cet article est issu du numéro 135 de Philosophie magazine « Peut-on se mettre à la place des autres ? », en kiosque le 28 novembre 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le tragique abandon des Kurdes par les États-Unis et leurs alliés pose la question de savoir s’il existe des valeurs de loyauté en géopolitique, ou si chacun poursuit son intérêt avec un réalisme sans vergogne.
Dorénavant, en Syrie, les Kurdes sont seuls. Le 6 octobre, le président Donald Trump a annoncé le désengagement militaire américain de ce pays meurtri, mettant un terme à quatre ans de compagnonnage militaire avec les Forces démocratiques syriennes (coalition armée principalement kurde). « Trahison ! », crient les uns ; « Abandon ! », reprennent les autres. Des images circulent, montrant les chars américains quittant les villages kurdes sous les huées. Alors, honte sur les États-Unis d’avoir trahi leurs « amis » ? Voyons voir.
L’alliance américaine avec les Kurdes de Syrie avait un cahier des charges simple : l’élimination du califat autoproclamé de Daech. Ce dernier ayant été déclaré « détruit à 100 % » par Trump en octobre, l’opération a pris fin. Mission accomplie, ennemi abattu, pas besoin de philosopher et on se quitte bons amis ? Pas exactement. Car le retrait américain était lourd de conséquences pour les ex-frères d’armes kurdes. Il a autorisé les Turcs à lancer leur propre opération militaire, visant à chasser les Kurdes du Nord de la Syrie. Autrement dit, se retirer revenait à livrer sciemment les compagnons d’hier aux griffes du loup turc, plus puissant et hostile.