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Reconfinement : quand la biopolitique s’installe durablement dans nos existences

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La Protection civile intervenant auprès des sans-abri et des migrants confinés dans un hôtel de Saint-Herblain, près de Nantes, le 2 mai dernier.

La Protection civile intervenant auprès des sans-abri et des migrants confinés dans un hôtel de Saint-Herblain, près de Nantes, le 2 mai dernier. © Sébastien Salom-Gomis/Sipa

« Pour nous, rien n’est plus important que la vie humaine. » C’est ainsi qu’Emmanuel Macron a justifié sa décision de reconfiner le pays alors que les contaminations liées à la seconde vague de la pandémie de Covid-19 repartent à la hausse, de manière dramatique. À partir de ce soir minuit, nous sommes donc contraints de travailler depuis chez nous, à moins de disposer d’une attestation dérogatoire, de ne plus nous déplacer à plus de 1 kilomètre, ni de nous rassembler dans l’espace public. Les étudiants devront suivre leur cours en ligne même si, exception notable, les élèves du primaire et du secondaire pourront continuer d’aller à l’école, tandis que tous les commerces jugés non essentiels – dont les bars, restaurants, cinémas et salles de spectacle – devront fermer. Cependant, « l’économie ne doit ni s’arrêter, ni s’effondrer » a ajouté le président français. Aussi, alors que le télétravail devient la norme, « l’activité continuera avec plus d’intensité ». 

Une nouvelle fois, donc, le pays se met en ordre de bataille pour « protéger la vie ». Depuis les travaux de Michel Foucault, qui forgea le terme dans les années 1970, on appelle cela la « biopolitique ». Foucault la définit comme une nouvelle forme de souveraineté qui n’est plus centrée sur le droit de donner la mort mais sur la gestion de la vie. Mais la biopolitique, c’est aussi un nouvel art de gouverner à travers le dressage des corps. C’est, pour le philosophe français, le rôle dévolu à des institutions comme l’hôpital, l’école ou l’administration de la santé. Cette biopolitique mobilise de nouveaux savoirs – statistiques, démographiques, épidémiologiques… « La plus haute fonction du pouvoir n’est peut-être pas de tuer mais d’investir la vie de part en part », écrivait Foucault. Comment en est-il venu à forger ce concept ? Et en quoi est-il pertinent pour penser ce qui nous arrive, aujourd’hui ? Quelle est cette vie – biologique, économique ou éthique – qui semble être devenue la fin ultime de la politique ? 

Au cours de l’enquête que nous avons consacrée à cette notion, nous avons plongé dans les textes et interrogé les philosophes contemporains qui utilisent, critiquent et approfondissent ce concept.

Vivons-nous à l’ère de la biopolitique ? L’enquête
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