3_La peur, une alliée?

Ressorts (darwiniens) de la trouille

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Cet article est issu du numéro 34 de Philosophie magazine « 34 - novembre 2009 », en kiosque le 29 octobre 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Pour la psychologie évolutionniste, nous héritons d’un sens du danger qui, jusqu’ici, nous a été plutôt profitable. C’est toujours le cas, mais moins, car les périls des mégapoles ne sont plus ceux de la jungle. Et si l’on s’éduquait aux nouvelles menaces ?

Tous les jours, je prends ma voiture pour aller au travail. Je fume un paquet de cigarettes et bois une demi-bouteille de vin. Je ne mets jamais de crème solaire, ça colle aux mains. Mais je suis prudent, car le monde extérieur me fait un peu peur… Je garde une arme à feu à domicile – on ne sait jamais, un cambrioleur pourrait s’introduire chez moi. J’évite autant que possible de prendre l’avion (j’ai une boule d’angoisse au moment du décollage), surtout depuis le 11 septembre 2001. Je ne voudrais pas habiter à côté d’une centrale nucléaire, et j’évite de manger des produits qui contiennent de l’aspartame. Qui suis-je ? Rien qu’un homme comme les autres, un Homo sapiens phobicus contemporain. 

L’être humain raisonne de manière bien particulière face au risque, comme l’a montré la psychologie contemporaine, et notamment le scientifique américain Paul Slovic et son équipe du laboratoire Decision Research, dans l’Oregon. Ces chercheurs sont arrivés à définir les lois générales qui régissent nos craintes, en se fondant sur des expériences menées sur des échantillons de population et sur des statistiques. Incompréhensible, la trouille ? Pas du tout. Elle a des ressorts très bien réglés. Ainsi, nous avons moins peur des dangers que nous contrôlons – avoir une arme à feu chez soi – que de ceux contre lesquels nous ne pouvons rien – se faire cambrioler. Nous avons également moins peur des dangers naturels – le cancer de la peau dû au soleil – que des dangers dont la cause est l’homme – les hypothétiques risques liés à la consommation d’aspartame. Nous craignons moins les dangers dont les effets se manifestent sur le long terme – fumer – que ceux dont les effets sont immédiats – une explosion nucléaire. Enfin, à nombre de victimes égal, un danger est jugé moins important s’il concerne un petit nombre de victimes régulièrement – les accidents de voiture – plutôt qu’un grand nombre de victimes exceptionnellement – les accidents d’avions. C’est pourquoi on qualifie ce dernier type de menaces de « risques terrifiants » (dread risks, en anglais).

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