Théâtre

Scène révoltée

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“L’État de siège” d’Albert Camus, mis en scène par Emmanuel Demarcy-Mota en 2017 © Jean-Louis Fernandez

L’État de siège d’Albert Camus, mis en scène par Emmanuel Demarcy-Mota en 2017 © Jean-Louis Fernandez

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Cet article est issu du numéro 108 de Philosophie magazine « Pourquoi tout peut arriver », en kiosque le 23 mars 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Emmanuel Demarcy-Mota monte “L’État de siège”, une pièce rarement montée d’Albert Camus mettant en scène un “homme révolté”. À voir au Théâtre de la Ville jusqu’au 1er avril puis en tournée en France et dans le monde.

« L’homme révolté est un homme qui dit non. S’il refuse, il ne renonce pas : c’est aussi un homme qui dit oui, dès son premier mouvement », écrit Camus. Exprimer la négation (l’absurde du monde) et affirmer le positif (la révolte de l’homme) : chez lui, l’un ne va jamais sans l’autre. L’État de siège dramatise cette révolte. De cette pièce écrite en 1948 sur une commande de Jean-Louis Barrault puis oubliée, l’auteur déclare qu’il s’agit de l’un des écrits qui lui ressemble le plus. Il faut admettre que tout y est : l’exaltation, la tentation du didactisme, le lyrisme sinon l’emphase et une veine existentielle, dénuée d’idéologie. Emmanuel Demarcy-Mota monte la pièce avec un véritable enthousiasme né d’une longue fréquentation de cette œuvre et une troupe à l’unisson. Pour Camus, il ne s’agissait en rien d’une adaptation de La Peste. Et pourtant, l’intrigue présente bien des similitudes avec le roman. Quelle attitude adopter face à la précarité de l’existence, que faire lorsque la maladie – sociale ou politique – gagne l’homme ? Résister, sans peur. « Vous apprendrez cela un jour qu’on ne peut pas bien vivre en sachant que l’homme n’est rien et que la face de Dieu est affreuse », déclare Diego (remarquablement interprété par Matthieu Dessertine), le jeune héros révolté de cet État de siège. Est-ce une raison pour désespérer ? Contre la tentation nihiliste, Camus n’invite pas à la révolution, comme Sartre son contemporain. Il n’entend pas refaire le monde, mais empêcher qu’il se défasse. À l’instar de Diego, qui s’apprête à mourir, il n’a qu’une recommandation : « Quittez les files de la peur, criez la liberté aux quatre coins du ciel ! »

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