Shi Tao et François Cheng. Le souffle du pinceau
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Cet article est issu du numéro 32 de Philosophie magazine « 32 - septembre 2009 », en kiosque le 27 août 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Auteur d’essais sur la pensée chinoise, François Cheng souligne l’importance du Vide dans la peinture de Shi Tao (1642-1707). Principe actif, le Vide assure la circulation des souffles vitaux.
Difficile, devant un paysage de Shi Tao, de passer son chemin. L’œil est irrésistiblement aspiré à l’intérieur du tableau et entraîné dans un voyage au cœur de la diversité des choses. Les sens s’ouvrent au souffle du vent, à la fraîcheur des embruns, aux aspérités du roc, à la douceur cotonneuse des nuées. On embrasse l’infinie variété de cette Nature nouée en une mystérieuse harmonie.
D’où vient que la contemplation de la toile se mue en expérience cosmique ? Pour François Cheng, la raison en est simple : en Chine, la peinture ne se réduit pas à une image, plus ou moins belle ou suggestive – elle est une philosophie en action. Reposant sur une cosmologie ancienne, que l’on trouve dans Le Livre des mutations (Yi Jing ou Yi-king) et que reprendront le taoïsme et le bouddhisme chan (zen), celle-ci accorde une place centrale au Vide, dont elle fait dériver l’Un, ou Souffle primordial. « La Création en marche désignée sous le nom de “Tao” (la Voie), explique François Cheng, provient toute du Souffle primordial, symbole de la pure Unité, qui se manifeste à nos yeux en se divisant elle-même en deux souffles vitaux complémentaires : le yin et le yang – lesquels à leur tour, par leur interaction, engendrent les dix mille êtres. Yin et yang, activement associés l’un à l’autre par l’entremise d’un troisième souffle manifesté – le vide médian – assurent le fonctionnement harmonieux du divers, régissant de concert le processus de mutation de tous les éléments qui le composent. » Le vide médian, qui permet au yin et au yang d’interagir, se trouve au cœur de toutes les réalités, donnant naissance au flux qui les entraîne.