Cinéma
“Simple comme Sylvain” : artisans de l’amour
Simple comme Sylvain. ©Fred Gervais
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Cet article est issu du numéro 174 de Philosophie magazine « La vie a-t-elle un sens ? », en kiosque le 26 octobre 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Aime-t-on la différence ou l’altérité ? C'est la question posé par ce film québécois pétillant où une professeure de philosophie mariée s’éprend de l’artisan venu rénover sa maison de campagne.
Tout ça n’a aucun sens ! C’est la première pensée de Sophia lorsqu’elle trompe son intellectuel de mari avec Sylvain, un artisan venu rénover leur maison de campagne. Elle est professeure de philosophie à l’Université du troisième âge, à Montréal. Son cours porte sur l’amour, qu’elle débite de façon plutôt académique, jusqu’à ce que le hasard soumette la théorie à la pratique, et d’autant plus acrobatiquement que les milieux sociaux des amants sont aux antipodes. Le film est chapitré par des extraits de son enseignement, explorant les conceptions philosophiques de l’amour : la frustration selon Platon, la pulsion du vouloir-vivre d’après Schopenhauer, le désir chez Spinoza, l’amour irrationnel pour Jankélévitch… Avec ses dialogues vifs et son image rétro, ses effet de zoom faisant passer les amoureux pour deux tourtereaux canadiens dans un documentaire animalier, le film joue habilement des codes de la romance amoureuse. Plein d’humour, il campe des situations sans caricature, malgré des circonlocutions finales qui allongent sa durée. Il pose finalement une question sincère : aime-t-on la différence ou l’altérité ? Aucune définition définitive ne tient, mais Monia Chokri avance tout de même une hypothèse, empruntée à bell hooks dans À propos d’amour (2000) : l’amour, ce n’est pas tant la passion qui nous emporte ni la tendresse qui nous unit. Ce n’est pas un sentiment ; c’est d’abord un acte et une décision. C’est en aimant qu’on devient amoureux ?