Stratagème n° 52. Faites un coq à l’âne

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Cet article est issu du numéro 94 de Philosophie magazine « La nature a-t-elle toujours raison ? », en kiosque le 22 octobre 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Comment s’en servir

Un bon moyen de reprendre la main dans un débat mal engagé consiste à changer soudainement de sujet. Imaginons que la conversation porte sur le retour à l’uniforme dans les écoles. Votre adversaire est pour parce qu’il estime que cela efface les inégalités sociales. Vous êtes contre parce que vous y voyez une régression, un goût nostalgique pour l’ordre, destructeur de l’imagination. Il vous répond habilement : « Les Anglais portent l’uniforme dans 98 % des écoles, ce qui ne les empêche pas d’exceller dans l’excentricité. » Sentant que votre interlocuteur aime l’esprit anglais, osez alors un coq à l’âne : « Tenez, puisque vous en parlez, ne trouvez-vous pas tordant de voir un jeune Anglais courir
nu à côté du carrosse de la reine ? » Il est probable que votre adversaire surenchérira dans les exemples. Il vous expliquera que l’art du streaking (le fait de courir nu en public) remonte à 1799 et, parce que vous les lui aurez demandés, il vous donnera les noms des meilleurs streakers. Ce faisant, il aura oublié l’objet initial du débat. Recommandé par Schopenhauer sous le nom de mutatio controversiæ, ce stratagème requiert la faculté de pressentir ce qui plaît à l’interlocuteur pour créer une bifurcation dans son propre discours. Mais, bien employée, cette astuce permet de se sortir des situations délicates. Diderot l’affectionnait particulièrement. Ainsi, dans Jacques le fataliste et son maître, ne parvenant pas à le consoler de la perte de son Capitaine par une oraison funèbre compatissante, le Maître dit à Jacques : « Mais, parlez-moi de vos amours. »

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