Le livre du jour
“Théorème de la couche-culotte”, de Nicolas Santolaria
© Éditions Anamosa
Apprendre à lire avant tout le monde, être le plus mignon sur les réseaux sociaux, parler anglais dès la maternelle : pas facile d’être un enfant ces temps-ci. Pas facile, non plus d’être un parent – un papa, en l’occurrence. Dans ces chroniques initialement publiées dans Le Monde, Nicolas Santolaria, père de deux garçons, brosse à grands traits pastel les contours d’une parentalité en pleine mutation. Au fil des anecdotes et des péripéties familiales, ce « daron multitâche » parvient à déceler, derrière les nouvelles injonctions culpabilisantes adressées aux parents 2.0, ce qu’il reste d’universel et de permanent dans le monde de l’enfance : l’insouciance du jeu improductif… ou la couche culotte, par exemple.
- Une jungle darwinienne. C’est un fait connu : les enfants ne se font pas de cadeaux. Mais pour s’en rendre compte, encore faut-il passer la terrible épreuve « darwinienne » du goûter d’anniversaire. À cette occasion a lieu une « sélection naturelle » entre les populaires, en haut de la chaîne – ceux qui mettent l’ambiance à l’atelier pêche au canard – et les autres, ceux qui ne sont jamais invités. Nicolas Santolaria nous explique que cette « géopolitique souterraine de la fête d’anniversaire » fonctionne un peu comme le G7 : elle « permet de matérialiser des alliances qui, peut-être, perdureront. » Ne dites plus « fête d’anniversaire » mais « orgie glycémique », ou « goûter mondain ».
- Une terre nietzschéenne. Il y avait le Surhomme de Nietzsche, laissez place au « Surenfant » ! L’équivalent haut comme trois pomme du héros nietzschéen est investi de la même mission : être au-dessus de la masse de ses petits camarades. Ce « démiurge en culottes courtes » est donc « invité avec insistance à transcender sa condition au moyen d’une discipline spartiate. » Du kung-fu au tricot en passant par l’anglais et la musique, il ne rate aucune activité et se repère « à ses cernes violacées et à son planning extrascolaire aussi chargé que l’agenda d’Emmanuel Macron. » Le Surenfant, toujours surmené, se retrouve donc malgré lui « expulsé du territoire insouciant de l’enfance ». Quid du doux plaisir de la glandouille et de l’ennui ?
- Un art du je-m’en-foutisme. Heureusement l’enfant, plus que le parent, sait tout envoyer valser. Nicolas Santolaria appelle « fuck-it therapy » cet art de « balayer les injonctions d’un revers de main assorti d’un “je m’en fous !” ». Et c’est l’une techniques que les enfants maîtrisent avec virtuosité, à coups de « Non ! Je ne ferai pas mon solfège ! » Mais ne nous méprenons pas : ce « je-m’en-foutisme enfantin n’est pas un nihilisme », rappelle l’auteur ; plutôt une capacité salutaire de comprendre ce qui importe vraiment, « le jeu, le plaisir de vivre, l’expérience des sens ». L’insouciance des enfants est donc un hédonisme qu’il faut savoir préserver… sans se laisser déborder.
- Un monde de répétition. « Nourrir, laver, hydrater, habiller, changer, re-changer, re-laver, re-nourrir », tels sont les leitmotiv du monde de l’enfance… et surtout des parents. Cette « litanie épuisante des tâches sans gloire » permet de revenir au fondamentaux : élever un enfant, c’est répéter, refaire, se tromper, réessayer. Et même dans les tâches aussi anodines que changer une couche-culotte, on peut acquérir une forme d’expertise, trouver un plaisir du travail accompli, couronné par la joie d’avoir un bébé propre et fringant. Si vous êtes un futur parent, « cet exercice d’origami » va donc vous transformer jusqu’à faire « apparaître, comme par enchantement, une personne nouvelle », prévient Nicolas Santolaria. La maîtrise du savant « théorème de la couche-culotte » est ainsi une étape initiatique, une première petite victoire qui révèle que l’on n’a pas besoin d’être un Surhomme – ni d’avoir un Surenfant – pour être un super parent !