Littérature
Gogol, un écrivain entre deux mondes
Détail d’un portrait de Nicolas Gogol par Otto Friedrich von Möller (1812–1874). Huile sur toile, 61,5 × 49 cm, conservé au musée littéraire d’État de Moscou. © akg-images
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Nicolas Gogol est un écrivain binational. Né dans un village au cœur de l’Ukraine, parti en Russie et écrivant en langue russe, Nicolas Vassiliévitch Gogol (1809-1852) a navigué entre deux pays. Son œuvre est partagée entre le soleil ukrainien de son enfance et la neige russe, les paysans virils des campagnes de Poltava et les petits fonctionnaires zélés de Saint-Pétersbourg. Gogol offre une peinture tendre, drôle, parfois cruelle – et éminemment subjective – de ces deux univers.
Si l’Ukraine et la Russie veulent toutes deux faire de Gogol leur héros, c’est parce qu’il est bel et bien issu des deux mondes. Né dans la province de Poltava – au cœur d’une région que l’on appelait à l’époque « Petite Russie » et qui correspond à l’Ukraine actuelle – dans le village de Velyki Sorochyntsi, Gogol part vivre à Saint-Pétersbourg à dix-neuf ans. Une fois sur place, il regrette les chaudes contrées ukrainiennes de son enfance, au point d’en faire un recueil de contes : Les Soirées du hameau, publiées en 1831. Ce premier livre est un hommage à sa région d’enfance. Nostalgique de sa terre d’origine, l’auteur a néanmoins composé toute son œuvre en russe.
Un choix de langue que l’écrivain Vladimir Nabokov, qui a rédigé sa biographie, juge salutaire. « Il faut remercier le destin, qui a fait en sorte que Gogol ne se tourne pas vers le dialecte ukrainien comme moyen d’expression, car alors, il aurait été perdu. Quand je cherche un bon cauchemar, j’imagine Gogol écrivant en ukrainien des trucs en ukrainien sur les fantômes du Dniepr […] et les Cosaques fringants. » La période dite « petite russienne » est ainsi balayée d’un revers de main. Nabokov, en biographe partial, lui préfère la partie dite « pouchkinienne » de son œuvre, dans laquelle il écrit non plus sur l’Ukraine, mais sur la Russie, avec des œuvres comme Le Nez (1836), Les Âmes Mortes (1842) ou encore Le Manteau (1843).