Cinéma
“Tout s’est bien passé” : la vie vaut-elle d’être vécue ?
Sophie Marceau et André Dussollier dans “Tout s’est bien passé”, le nouveau film de François Ozon. © Carole Bethuel/Mandarin Production/Foz
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« Tout s’est bien passé ! » Nulle ironie dans le titre du dernier film de François Ozon qui donne une version possible de ce que peut être le suicide médicalement assisté. Mais cette adaptation du livre d’’Emmanuèle Bernheim ne fait-elle pas un peu trop rapidement fi de tout se qui, précisément, peut mal se passer ? La critique d’Yves Cusset.
Chez les êtres vivants ordinaires et généralement bien portants, pour qui l’idée de l’anéantissement personnel provoque une terreur légitime, la volonté d’une personne de mourir a de quoi désarmer. « Pourquoi vous voulez mourir ? Elle est belle, la vie », dit le jeune ambulancier à André Bernheim (André Dussolier) lors d’une pause dans une station-service suisse, au cours du film de François Ozon, Tout s’est bien passé. Le professionnel de santé est chargé d’emmener le retraité jusqu’au lieu où il sera assisté pour mettre un terme à sa vie, diminuée par un accident vasculaire cardiaque (AVC). Une décision radicale, que le soignant ne comprend pas.
Voilà qui ne saurait suffire à entamer la détermination du personnage incarné par André Dussolier, pas plus que le rappel par l’autre ambulancier, de confession musulmane, de l’interdit religieux de se donner la mort. Si les accompagnants avaient lu David Hume, peut-être qu’ils auraient accepté plus sobrement : « L'âge, la maladie ou l'infortune peuvent faire de la vie un fardeau, et la rendre pire que l'annihilation. Je crois que jamais aucun homme ne se défit d'une vie qui valait la peine d'être conservée », ce qui aurait conforté André dans sa position (« Je ne veux pas de cette vie-là, pas dans cet état »). Le film s’intéresse ainsi, à travers la véritable histoire du père d’Emmanuèle Bernheim – fréquente collaboratrice d’Ozon décédée en 2017 –, à un problème existentiel devenu une question sociale et politique de premier plan : celle de savoir ce qu’est exactement une vie qui vaut la peine d’être vécue – et donc conservée.