Le livre du jour

“Un corps à soi”, de Camille Froidevaux-Metterie

Temps de lecture : 2 min

“Un corps à soi”, de Camille Froidevaux-Metterie

© Éditions du Seuil

Y a-t-il une spécificité de l’expérience du corps féminin ? En quoi consiste-t-elle ? Est-elle le support d’une volonté d’essentialiser les femmes, ou au contraire contribue-t-elle à renverser efficacement les anciens dualismes de genre ? Autant de questions hautement inflammables que Camille Froidevaux-Metterie aborde dans son nouvel essai paru au Seuil, Un corps à soi. Creusant le sillon phénoménologique, axé sur la vie du corps, qu’elle a entamé en 2015 avec La Révolution du féminin (Gallimard), elle propose une contribution originale aux débats qui agitent le féminisme aujourd’hui.

 

  • L’angle mort du corps des femmes. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le féminisme de ce qu’on appelle la première vague oublie un élément majeur : le corps des femmes. C’est qu’il s’agit d’abord de conquérir une égalité des droits – de vote, d’ouvrir un compte bancaire sans autorisation du père ou du mari, d’exercer une profession auparavant considérée comme « masculine ». Cet angle mort, note Froidevaux-Metterie, a des conséquences : elle évacue complètement la spécificité de l’expérience que les femmes font de leur corps, qui devient un impensé.
  • Le tournant phénoménologique. Froidevaux-Metterie convoque Simone de Beauvoir et l’Américaine Iris Marion Young pour tenter une approche phénoménologique de cette expérience particulière que les femmes font de leur corps. Parce qu’elles ont leurs règles une fois par mois, souvent accompagnées de douleurs, parce que leurs seins sont visibles dès le plus jeune âge, elles sont sexualisées et considérées comme des objets, notamment dans l’espace public. Cette expérience discriminatoire est fondatrice pour la philosophe, qui en tire une définition du féminin. Le féminin est donc un rapport à soi qui passe par le corps – par opposition au masculin qui, dans une certaine mesure, peut oublier qu’il a un corps.
  • Féminin versus féminité. Quand la féminité se définit souvent par une série de clichés assimilés à ce qui est mignon, fragile, délicat, petit, timide, le féminin renvoie à une expérience propres aux femmes, à toutes celles qui se reconnaissent dans le genre femme. Il n’est ainsi pas question d’un retour à une biologisation cachée. Le concept de féminin permet au contraire à l’autrice de s’affranchir du débat qui oppose actuellement féministes queer et Terfs, en reconnaissant aux corps trans une expérience corporelle similaire à celle des femmes, qui passe par une forme d’objectification.

 

Un corps à soi, de Camille Froidevaux-Metterie, vient de paraître aux Éditions du Seuil. 352 p., 23 euros, disponible ici.

La chronique du livre, par Victorine de Oliveira
Les concepts liés à cet article

Dualisme FacultéVie