Documentaire
“Un jeune homme de bonne famille”, de Sébastien Lifshitz : la vie au fil de l’eau de Claude Loir
“Un jeune homme de bonne famille”. Claude Loir dans “Nelly pile ou face” (1975), d’Anne-Marie Tensi. © AMT Productions/Agat Films
Enfant mal aimé, commando dans l’armée, figurant à la Comédie-Française, gigolo, acteur X gay mais aussi hétéro… Claude Loir a vécu mille vies en se laissant porter par le courant. Il se raconte sans fausse pudeur mais avec une grande sensibilité dans Un jeune homme de bonne famille, de Sébastien Lifshitz. Un documentaire à voir sur la plateforme arte.tv que vous présente Cédric Enjalbert.
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« “Veuille ce qui arrive.” Ce précepte stoïcien sied bien à Claude Loir. Cet ancien acteur à la vie tumultueuse témoigne dans ce remarquable documentaire d’une existence menée au fil de l’eau, comme on suit le courant : avec confiance et détachement. La sienne commence dans les années 1940 en Ariège, avec une mère peu aimante et un père absent. Elle se poursuit à l’armée, dans les commandos de marine, où il pilote des hélicoptères, puis sur la côte d’Azur où il séduit beaucoup et à Paris, où il vit son homosexualité, qui n’est pas encore dépénalisée. Figurant un temps sur les planches de la Comédie-Française, l’apprenti comédien prête son talent à des clichés pour des romans-photo érotiques, avant de participer à des scènes de films pour adultes – gay principalement, mais aussi hétéro, pour payer son loyer, par un opportunisme amusé. Il évoque les rendez-vous clandestins dans les bars, les gares et les vespasiennes, une drague dissimulée, où le risque est alors avant tout policier – avant qu’il ne devienne mortel dans les années 1980, mais Claude Loir échappe au sida. La liberté qu’il professe n’est pas un projet ni une abstraction ; elle repose sur l’acceptation des aléas de l’existence et la saisie du moment opportun. “Je n’ai pas eu peur de vivre, je n’ai pas peur de mourir”, résume l’octogénaire, franc mais sensible, face à la caméra de Sébastien Lifshitz. Ce dernier a dû mener l’enquête pour collecter les images d’archives qui complètent ces souvenirs. Beaucoup de ces documents ont disparu ou ont été détruits. “Nombre de vies ont été effacées”, témoigne le réalisateur dans un entretien, qui dit avoir voulu “rassembler toutes les miettes éparpillées pour sauver de l’oubli ces traces du passé”. Il a lui-même consacré un documentaire à ces vies “invisibles”, que l’écrivain Pierre Michon appelle, lui, “minuscules” ou Michel Foucault “infâmes” (infâmes, parce que considérées “indignes […] de la mémoire des hommes” et qui n’ont laissé, au mieux, qu’une inscription dans les archives de la police). Qui mieux qu’un cinéaste pour faire lumière ? »
➤ Un jeune homme de bonne famille, documentaire de Sébastien Lifshitz, à voir gratuitement sur la plateforme arte.tv