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Une entreprise d’émancipation
© Karine Daisay pour PM
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Cet article est issu du numéro 17 de Philosophie magazine « 17 - mars 2008 », en kiosque le 28 février 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Quête personnelle devenue universelle, la pensée cartésienne a ouvert les portes de la technique, de la neurobiologie et de la liberté.
Nicolas Grimaldi
Descartes est le seul philosophe à faire de la philosophie une affaire personnelle. Lire les Méditations métaphysiques, c’est s’engager dans une aventure et une expérience : « Il y a déjà quelque temps que je me suis aperçu que, dès mes premières années, j’avais reçu quantité de fausses opinions pour véritables […] ; de façon qu’il me fallait entreprendre sérieusement une fois en ma vie de me défaire de toutes les opinions […] et commencer tout de nouveau dès les fondements, si je voulais établir quelque chose de ferme et de constant dans les sciences. » C’est presque Proust et son « longtemps je me suis couché de bonne heure ». Dans l’histoire de la philosophie, on ne trouve pas d’autre exemple de tels textes personnels. Le ton cartésien est unique. C’est pourquoi il emploie le mot « méditation ». La méditation est une aventure intérieure : c’est moi avec moi. Les Méditations comme le Discours de la méthode sont des dialogues de théâtre, dialogues de l’âme avec elle-même qui retracent la pensée en train de se faire. En les lisant, le lecteur mime intérieurement l’expérience que fait Descartes, les actes et le mouvement de sa réflexion. Et il subit le même effet cathartique que lui : il passe tous ses préjugés au crible du doute radical ; il fait cet inventaire de la pensée pour découvrir en son propre esprit le fondement de la vérité. Il se transforme en héros philosophique parti à la conquête de la vérité. Car Descartes est, si j’ose dire, tel le d’Artagnan de la pensée : il ne compte que sur lui-même, que sur son propre esprit, pour découvrir la vérité. C’est le seul philosophe, à ma connaissance, qui n’attende rien que de soi : le fondement de la vérité et toutes les vérités, la possession du monde et le bonheur le plus absolu. Trouver de l’intérieur la vérité de tout ce qui est extérieur et se rendre heureux quoi qu’il arrive, indépendamment des situations et du succès : « Il me semble que chacun se peut rendre content de soi-même, sans rien attendre d’ailleurs pourvu qu’il suive les maximes que j’ai mises en forme dans le Discours », écrit-il à Elisabeth dans la Lettre du 4 août 1645. Quelle meilleure raison pour le lire ?