Cinéma
Zone d’expérimentation
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Cet article est issu du numéro 114 de Philosophie magazine « Comment vivre avec l’idée de la mort ? », en kiosque le 26 octobre 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Lauréat de la Palme d’or à Cannes pour “The Square”, le cinéaste Ruben Östlund orchestre avec talent des situations humaines paradoxales, propices à la réflexion éthique. Une expérience de pensée étourdissante !
Le cinéaste suédois Ruben Östlund se penche sur les ressorts anthropologiques de la peur. Après la réussite de Snow Therapy (2015), il invite à une nouvelle expérience de pensée, politique cette fois, cherchant à restituer un état de nature, dans une cité apparemment policée. Tout commence par une œuvre d’art contemporain réalisée à la demande d’un musée. Dans un périmètre de 4 m2, signalé par une délimitation lumineuse sur le parvis de l’institution, une plaque indique qu’ici chacun a « les mêmes droits et les mêmes devoirs » : The Square. Dans cette zone de responsabilité commune, tout appel à l’aide serait entendu. Ce sanctuaire « de confiance et de bienveillance », établi au cœur d’une ville suédoise, suscite d’abord les sarcasmes, moquant les bons sentiments de l’artiste : la zone est restreinte et les intentions humanistes a priori partagées. Sauf que le cinéaste la filme à peine. Il balade plutôt sa caméra hors du périmètre éthique, là où plus aucun de ces principes ne tient. Que se passe-t-il quand l’asile tombe ? Autrui suscite-t-il confiance ou méfiance ? Pour Thomas Hobbes, seule la peur nous pousse à formaliser un pacte social pour nous sortir des dangers de l’état de nature, en déléguant à l’État souverain – Le Léviathan – la charge de nous protéger. Or pour Ruben Östlund, l’impuissance politique des gouvernements aurait amplifié la désaffection des individus envers la société. Ses membres, tentés par le repli dans des communautés fermées, seraient rattrapés par leurs instincts. Bref, la confiance entre nous serait sapée.