Cinéma

Ruben Östlund : “La vie n'est pas manichéenne. C'est un constant dilemme”

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Ruben Östlund : “La vie n'est pas manichéenne. C'est un constant dilemme”

Snow Therapy de Ruben Östlund © Plattform Produktion

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[Actualisation : Ruben Östlund a obtenu samedi 28 mai 2022 sa seconde Palme d’or pour Triangle of Sadness, en salles prochainement] Après Play, le réalisateur suédois Ruben Östlund poursuit son étude anthropologique avec Snow Therapy. Filmant la réaction inattendue d’un père de famille pris dans une avalanche, il réalise une expérience de pensée sondant notre rapport à l’héroïsme et au courage et mesurant l’écart entre la réalité et la pression de nos attentes. Il y démonte les clichés liés au genre et les difficultés à vivre en société.

 

Snow Therapy, Force majeure, Turist… le film apparaît sous trois titres différents. Pourquoi ?

Ruben Östlund: C’est d’abord une histoire de production. En France, le film est présenté principalement sous le titre Snow Therapy. Mais Force majeure rend peut-être mieux le problème posé par le film : un événement exceptionnel se produit, il rompt un équilibre et crée une situation de force majeure.

 

Quel est cet événement ?

Le film se déroule durant les vacances au ski, en France, d’une famille suédoise : un père, une mère et deux enfants. Dès le deuxième jour, une avalanche artificiellement déclenchée se produit, qui bouscule l’ordre familial, car de peur le père prend ses jambes à son coup et s’enfuit en laissant derrière lui femme et enfants. Or l’avalanche ne provoque aucun dégât physique, car elle est contrôlée. Plus de peur que de mal. Sauf que le père, Tomas, a perdu la face.

 

Vous créez une sorte d’expérimentation sociale ?

Exactement. Je crée une situation de laboratoire, une expérimentation quasi scientifique.

 

Quelle est l’ambition de cette expérience ?

J’adopte souvent un point de vue sociologique dans mes films – notamment dans Play (2011), où je prenais pour point de départ des faits réels, à savoir qu’en plein centre-ville de Göteborg (Suède), un groupe de garçons a racketté d’autres enfants à plusieurs reprises.

Le point de vue est cette fois quasi anthropologique. L’expérience repose sur une situation : prenons un personnage, mettons-le au cœur d’une avalanche, et voyons ce qui advient. Sans doute assisterons-nous à un mécanisme purement humain sous l’effet de la catastrophe. Je choisis une façon réaliste d’observer ces humains contraints de composer dans des conditions de « force majeure ».
 


 

Sans donc adopter un point de vue subjectif ou émettre de jugement ?

Non, précisément. Je me mets en retrait. Ce n’est pas si courant dans la production cinématographique. Les dramaturges anglo-saxons ont tendance à créer un personnage principal qui incarne le bon comportement, la façon morale de penser et de se comporter. Ce héros finit toujours victorieux. La vie est plus compliquée. Elle est même un constant dilemme !

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