Bac philo 2010

Corrigés du bac philo – filière générale : “Faut-il oublier le passé pour se donner un avenir ?”

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(cc) Unsplash / Fredy Jacob

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Le sujet s’appuie sur un paradoxe très contemporain, que l'on pourrait formuler ainsi : plus la connaissance de notre passé progresse, et plus notre capacité à nous donner un avenir semble régresser.

 

Du point de vue collectif, la connaissance historique du passé s'est considérablement améliorée depuis une cinquantaine d'années. Les pages les plus sombres de notre histoire sont abordées et enseignées, qu'il s'agisse de la Collaboration durant la seconde guerre mondiale, de la colonisation ou de la guerre d'Algérie. Même s'il reste encore beaucoup à faire, les progrès sont indéniables. Le devoir de mémoire vis-à-vis du passé historique, même peu glorieux, a été érigé en principe démocratique et culturel central. Du point de vue individuel, la diffusion et la pratique de la psychologie, notamment dans sa version psychanalytique, permet à un public de plus en plus nombreux de se pencher sur son histoire personnelle.

Or il faut parallèlement constater la difficulté croissante de nos concitoyens à se projeter dans l'avenir, à élaborer un projet individuel ou collectif. Il est difficile de se projeter dans une carrière professionnelle. Les idéaux d'antan, comme le communisme, font moins rêver qu'il y a quelques décennies. Les nouveaux, comme la construction européenne, ne mobilisent pas les peuples. Le sujet suggère donc qu'il existerait un lien négatif entre une meilleure connaissance du passé et la projection dans l'avenir. En effet, le passé, s'il est mieux connu, semble nous tirer vers lui — vers les anniversaires, les célébrations, voire les regrets et les repentances — en nous privant de cette faculté d'invention nécessaire à la création de nouveautés.

On nous pose donc franchement la question de savoir s'il ne faudrait pas oublier le passé pour se donner un avenir. Les deux verbes sont très importants, puisqu'ils expriment des actes liés à la connaissance, mais aussi à la psychologie, voire à la morale.

Développons le paradoxe. S'il faut oublier notre passé pour nous donner un avenir, alors nous risquons de perdre toute continuité entre ce qui nous est arrivé et ce que nous allons accomplir. Le risque est ici de préparer un avenir soit irréalisable, car détaché de ce que nous sommes actuellement, soit arbitraire, car rien de précis ne fondera notre projet. Enfin, nous risquons de retomber dans les mêmes erreurs que les générations précédentes. Oublier empêche de donner quoi que ce soit, même à soi : comment offrir quelque chose sans aller chercher au fond de sa mémoire ce qui est digne d'être offert?

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