Back philo
Peut-on faire plus que son devoir ?
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 115 de Philosophie magazine « Pourquoi est-il si difficile de changer ? », en kiosque le 30 novembre 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Analyse des termes du sujet
« Peut-on »
A-t-on le droit ? La légitimité ? La capacité ?
« faire son devoir »
Agir conformément au devoir (action), agir par devoir (intention).
« plus que »
Mieux, au-delà de la limite, trop.
« devoir »
Obligation, contrainte, prescription d’ordre moral, juridique, social ou civique…
Défrichage
Premières intuitions
Une société dans laquelle chacun ne ferait que son devoir n’est pas une société souhaitable : les relations n’y seraient probablement pas très bonnes. Heureusement que nous pouvons faire plus que notre devoir et donner à nos actions un peu de cœur, de sentiment, de densité…
La règle a quelque chose de rigide qui empêche la douceur dans les relations humaines. Heureusement, certains hommes sont capables de sacrifice, peut-être même de grandeur, en faisant plus que leur devoir.
Pourtant, ne risque-t-on pas alors d’en faire trop ? Lorsqu’on dit que « l’enfer est pavé de bonnes intentions », ne veut-on pas justement signifier que l’on peut être « trop » vertueux ? Cela paraît paradoxal, mais faire plus que son devoir risquerait alors de nous conduire à en faire trop et, du coup, à faire n’importe quoi...
Exemples qui viennent à l’esprit
En 1995, Dieter Krombach a été condamné par contumace par la justice française pour le viol et l’assassinat de sa belle-fille, Kalinka Bamberski. Le père de Kalinka a commandité l’enlèvement de Krombach afin de le livrer à la justice française (et a été jugé pour ces faits). Usant de la violence pour faire juger l’assassin de sa fille, n’en a-t-il pas trop fait ?
Mon devoir civique requiert que je vote – mais cela suffit-il à faire de moi un bon citoyen ? Je peux faire plus pour la communauté politique à laquelle j’appartiens, en m’investissant dans un parti ou une association, par exemple.
Dans le roman d’Honoré de Balzac Le Père Goriot (1835), le personnage qui donne son nom au livre agit selon ce qu’il estime être son devoir de père : apporter à ses filles toute l’aide dont elles ont besoin. Mais où s’arrêter ? Finissant par devancer leurs besoins et leurs désirs, il est conduit à la ruine.