Octobre 2026
Philosophie Magazine #203
L’accident de Fukushima a débuté le 11 mars 2011.
Le temps du recul : faut-il sortir au plus vite de l’énergie nucléaire ? Ou serait-ce une réaction exagérée et irrationnelle à l’événement ? En fait, tout dépend de la définition de la raison qu’on adopte ici.
Si par rationalité, nous entendons notre aptitude à anticiper et évaluer les risques, puis à prendre les mesures nécessaires pour éviter les catastrophes écologiques, alors un tel choix semble indécidable. Il y a autant d’arguments scientifiques forts en faveur qu’en défaveur du nucléaire, comme le montrent notre débat entre le penseur de l’écologie Dominique Bourg et le philosophe Luc Ferry, ou encore l’opposition de l’écologiste anglais Georges Monbiot et du spécialiste des probabilités Nassim Nicholas Taleb.
Cependant, l’accident de la centrale de Fukushima remet en cause la conception traditionnelle de la rationalité scientifique et technique, qui lit le monde à travers une grille mathématique, sans intégrer la dimension morale. Notre capacité d’évaluation des risques reste très limitée, rappelle le sociologue allemand Ulrich Beck.
C’est pourquoi il convient de dépasser la simple logique du calcul pour s’ouvrir une autre dimension de la raison humaine, plus consciente des enjeux de l’Histoire et soucieuse du destin de l’humanité – et c’est à un tel basculement que nous invitent des penseurs de la catastrophe comme Günther Anders, Hans Jonas, Peter Sloterdijk ou Jean-Pierre Dupuy.
Aujourd’hui, qui peut prétendre se tenir dans le camp de la raison ? Les experts et les responsables des programmes nucléaires sont-ils des « gens sérieux…
On appelle cela des « biais cognitifs » : face à un événement spectaculaire et inattendu, les réactions à chaud sont autant de tentatives maladroites pour donner un sens à l’expérience du monstrueux. Voici les principales attitudes…
Consterné par la puissance du lobby nucléaire, le philosophe japonais Kenichi Mishima porte un regard sévère sur l’aberration des choix…
« Chasser la fortune de nos vies », ce fut, comme le rappelle le penseur allemand Hans Magnus Enzensberger dans Fortune et Calcul (Jacqueline Chambon, 2010), la grande ambition de la modernité. En lieu et place des figures de la Tyché des…
Faut-il sortir du nucléaire ? Voici deux raisonnements reposant sur des probabilités, en même temps parfaitement fondés et diamétralement opposés. Si pour George Monbiot, l’abandon du nucléaire déboucherait sans doute sur une…
En 1986, l’année de Tchernobyl, Ulrich Beck signe La Société du risque. Il fait apparaître les risques comme l’invisible des modernes, une réalité…
« À mesure que la raison triomphe, il reste de moins en moins de place pour le réel », regrettait le penseur russe Léon Chestov. Que voulait-il dire ? Que depuis bientôt quatre cents ans l’homme tend à soumettre le monde sensible à la…
Il y a plusieurs manières de considérer le pire. Du désespoir à l’ironie, du devoir moral au sursaut, voici quatre œuvres essentielles pour apprendre à vivre avec la menace.
Dominique Bourg et Luc Ferry sont philosophes et très au fait des enjeux écologiques. Mais, sur l’avenir du nucléaire, ils ne sont d’accord sur rien. Par-delà les chiffres d’experts, leur échange met en lumière les principaux clivages…