Le risque (ou la raison comme calcul)

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Cet article est issu du numéro 49 de Philosophie magazine « 49 - mai 2011 », en kiosque le 27 avril 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

« Chasser la fortune de nos vies », ce fut, comme le rappelle le penseur allemand Hans Magnus Enzensberger dans Fortune et Calcul (Jacqueline Chambon, 2010), la grande ambition de la modernité. En lieu et place des figures de la Tyché des Grecs, de la Fortuna des Romains ou de la volonté cachée du Dieu chrétien, dont il fallait solliciter la bienveillance par une série de techniques surnaturelles, les modernes entendent s’assurer grâce à la science de la maîtrise rationnelle de l’existence. Le levier de ce nouvel usage, scientifique et technique, de la raison fut le calcul.

Initialement, et ce n’est pas anodin, le mot avait une signification religieuse, souligne Enzensberger : calculus (« caillou » en latin) désignait les petites pierres noires et blanches qui servaient d’oracles, de talismans ou de souvenirs d’événements heureux ou malheureux.  Et puis, au XVIIe siècle, sous le coup de la révolution scientifique, ce terme en vient à désigner l’ensemble des opérations mathématiques par le biais desquels nous maîtrisons la nature. « La raison n’est que le calcul », affirmait ainsi le philosophe Thomas Hobbes en ouverture du Léviathan. Enfin débarrassés des finalités morales et religieuses qui encombraient la cosmologie ancienne, voilà que nous pouvons nous concentrer sur l’essentiel – les additions et les soustractions – et gagner en conséquence une véritable prise sur le monde. Hobbes pousse très loin l’association qui s’est alors opérée entre la raison et le calcul : « Si l’addition et la soustraction ont leur place dans quelque domaine que ce soit, la raison y a aussi sa place. Et là où elles n’ont pas leur place, la raison n’a rien à faire. »

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