« Il n’est pas contraire à la raison de préférer la destruction du monde entier à l’égratignure de mon doigt » David Hume

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Cet article est issu du numéro 7 de Philosophie magazine « 7 - mars 2007 », en kiosque le 22 février 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Pour le penseur écossais, la raison n’a aucun pouvoir sur nos passions, notamment sur l’égoïsme. Au risque de nous mener au chaos.

« Enfin un philosophe sincère », murmureront certains. Il fallait de la jeunesse et un peu de folie pour oser faire une telle déclaration d’amour à l’égoïsme. Du haut de ses 26 ans, en plein siècle des Lumières, l’Écossais David Hume n’a pas hésité. Est-ce par goût du paradoxe qu’il fait mine, dans son Traité de la nature humaine, de cautionner un individualisme porté à l’extrême, qu’il prétend préférer la destruction universelle à un léger désagrément ? Ou bien exprime-t-il cyniquement le sentiment de celui qui cherche en lui-même une raison d’agir vertueusement… et n’en trouve finalement aucune ? Quel soulagement alors de voir rompue la longue chaîne des philosophes sévères et moralisateurs !

Si la raison elle-même nous engage à faire primer notre plaisir sur tout autre motif, nulle autre instance, a fortiori, ne saurait désormais nous reprocher d’agir au mépris de la morale. Vice et vertu n’ont plus à être distingués, et nous sommes libérés des pesanteurs du devoir. Le philosophe semble même aller plus loin : « La raison, affirme-t-il dans la suite de l’ouvrage, est et ne doit qu’être l’esclave des passions. » David Hume annoncerait l’anti-humanisme d’un Dostoïevski : « Que s’écroule l’univers pourvu que je boive toujours mon thé », affirmait le narrateur des Carnets du sous-sol.

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