“Les Champignons de l’apocalypse” : les “mycélanées” d’Audrey Dussutour

Une recension de Clara Degiovanni, publié le

Un champignon a contaminé la planète : les personnes touchées sont immédiatement incinérées pour protéger le reste de la population. C’est au cœur de cette ambiance apocalyptique que s’ouvre cet essai signé par la chercheuse au CNRS Audrey Dussutour, spécialiste des fourmis et des organismes unicellulaires. Partant de cette fiction, l’autrice propose une plongée dans le monde mystérieux – cette fois-ci bien réel – des champignons. Tout à leur sujet est trouble, surprenant, dérangeant… À commencer par leur règne. On a longtemps enseigné qu’ils étaient des végétaux, conformément à une classification qui remonte à Aristote lui-même. Raté ! Les découvertes génétiques récentes ont prouvé qu’ils étaient plus proches de l’animal. On peut supposer que ces êtres sont petits. Encore loupé ! Ils cachent un « vaste réseau mycélien » souterrain dont le plus grand spécimen connu, l’armillaire, situé aux États-Unis, s’étend sur plus de dix kilomètres carrés. 

Via cette initiation à la mycologie – la science des champignons –, Dussutour pose la question philosophique des limites. Où commence et où s’arrête un corps comme le champignon ? Comment le nommer et le distinguer des autres vivants ? Et surtout : quid de l’identité d’un être dont le seul but est de coloniser un autre individu ? Ce dernier spécimen, le champignon dit « pathogène », qui cible « autant les petites algues microscopiques que les humains », fait froid dans le dos. Un ultime chiffre ? Rien que sur le talon de votre pied, vous hébergez quatre-vingts variétés de champignons (si vous êtes sain !). Ces êtres ultra-résistants sont partout parmi nous, y compris dans nos corps : et si l’on apprenait à les connaître ?

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